Toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l’est dans notre esprit.
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- Je vois que toujours la souffrance engendre une plus grande connaissance de la vérité que la sérénité de tous les sages. Ce que je sais, ce sont des malheureux qui me l’ont appris; ce que j’ai vu, c’est le regard de la douleur qui me l’a montré.
- L’homme qui sait n’éprouve pas de joie égale à celle qu’on trouve dans l’ombre, de frisson aussi puissant que celui que le danger glace et pour lui, aucune souffrance n’est plus sacrée que celle qui par pudeur n’ose pas se manifester.
- Cette vie d’ici-bas est un voile que la souffrance et la maladie rendent plus épais à certaines âmes, qui ne se soulève que par moments pour les organisations les plus solides, et que la mort déchire pour tous.
- Toute conscience est une conscience de mort et de douleur. - Conscience, conscientia, c’est connaissance partagée, con-sentiment; et con-sentir, c’est com-patir.
- Souvent même la crainte de la mort pénètre les humains d’une telle haine de la vie qu’ils se donnent volontairement la mort dans l’excès de leur détresse, oubliant que la source de leurs peines est cette crainte elle-même.
- L’humanité projette inconsciemment son désir de survivre dans la chimère des choses jamais connues, mais cette chimère ressemble à la mort.
- Quand une souffrance est inconnue, on a plus de force pour lui résister, car on ignore sa puissance : on ne voit que la lutte et on espère qu’une vie plus pleine reprendra plus tard.
- Souffrir est absurde et laid. Toute souffrance est un désordre... Mieux vaut s’accommoder des choses ou les briser que de pleurer à la lune. Est-il besoin, pour un homme, d’avoir une compagne effacée, sentimentale et sans volonté, pour être heureux ?
- Ce qui abat, ce qui accable, ce qui détruit irrémédiablement l’âme, c’est la médiocrité de la douleur et de la joie, la souffrance égoïste et mesquine.
- La souffrance ne peut avoir de sens que quand elle ne mène pas à la mort, et elle y mène presque toujours.
- Toute notre vie est souffrance. Naître, c’est souffrir. Vieillir, c’est souffrir. Perdre l’amour, c’est souffrir. Mourir, c’est souffrir...
- Les gens craignent plus la mort que la souffrance. Or, la vie est souffrance. La mort nous en délivre. N’est-elle pas alors notre meilleure alliée ?
- Ce n’est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable : la mort est le sel de notre amour; c’est la vie qui dissout l’amour.
- Le mal, c’est la promesse qu’on ne tient pas. Qu’est-ce que la mort, sinon la promesse de la vie qui court, là, dans mon sang, sous ma peau, et qui n’est pas tenue ?