- La joie d’avoir travaillé est mauvaise : elle empêche de continuer.
- N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir.
- Dis quelquefois la vérité, afin qu’on te croie quand tu mentiras.
- Le but, c’est d’être heureux. On n’y arrive que lentement. Il y faut une application quotidienne. Quand on l’est, il reste beaucoup à faire : à consoler les autres.
- Vivre et juger sa vie : quel est l’homme capable des deux ?
- Quand un homme dit : "Je suis heureux", il veut dire bonnement : "J’ai des ennuis qui ne m’atteignent pas".
- Amitié : mariage de deux êtres qui ne peuvent pas coucher ensemble.
- Le bonheur que les autres vous croient ajoute à notre détresse de savoir que nous ne sommes pas heureux.
- Dieu, celui que tout le monde connaît, de nom.
- On ne peut pas pleurer et penser, car chaque pensée absorbe une larme.
- Un ami, c’est celui qui devine toujours quand on a besoin de lui.
- Pour faire du théâtre, il faut avoir l’enthousiasme du mensonge.
- Le droit, le devoir d’un homme qui n’aime plus sa femme, c’est de courir en aimer une autre, immédiatement, afin que sur ce triste monde, il ne se perde pas une parcelle de joie.
- Enlevé l’or des blés, il reste l’argent des éteules.
- Celui qui aime la littérature n’aime ni l’argent, ni les tableaux, ni les bibelots, ni le reste.
- Si, au lieu de gagner beaucoup d’argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d’argent ?
- Je sais enfin ce qui distingue l’homme de la bête : ce sont les ennuis d’argent !
- Un artiste ne gagne jamais d’argent par son art, mais par ce qu’il sait mettre à côté.
- La critique ne doit pas s’écrire : on la parle. A quoi bon écrire ce qui est fait ? Seule, l’oeuvre d’art se fait plume en main.
- L’ironie est un élément du bonheur.
- Qu’importe le bonheur quand on n’a point la joie !
- Le goût mûrit aux dépens du bonheur.
- J’ai connu le bonheur, mais ce n’est pas ce qui m’a rendu le plus heureux.
- Cheval : le seul animal dans lequel on puisse planter des clous.
- Le coeur d’une femme est un noyau de pêche. On la mord à pleine bouche, et, tout à coup, on se casse les dents.
- La vie d’un honnête homme est quelque chose de très plat. Que lui reste-t-il, puisqu’il s’est retranché le désir de plaire ? Il aime sa femme, si l’on peut aimer une femme à qui l’on n’a pas à faire la cour.
- On confond toujours l’homme et l’artiste, sous prétexte que le hasard les a réunis dans le même corps.
- Comme nous ne sommes pas sûrs de notre courage, nous ne voulons pas avoir l’air de douter du courage d’autrui.
- Écrivez vingt livres. Un critique vous jugera en vingt lignes, et vous ne serez pas le plus fort.
- Croire humain ce qui ne nous est que particulier, voilà la grande erreur.
- De là à croire que la mouche qui nous pique le front pendant notre sommeil est envoyée par Dieu lui-même pour nous réveiller de notre paresse, il n’y a pas loin.
- La vie intellectuelle est à la réalité ce que la géométrie est à l’architecture. Il est d’une stupide folie de vouloir appliquer à sa vie sa méthode de penser, comme il serait anti-scientifique de croire qu’il existe des lignes droites.
- Comme la neige serait monotone si Dieu n’avait créé les corbeaux.
- Bigote : elle couche avec Dieu le dimanche et le trompe toute la semaine.
- La douleur d’un homme intelligent fait plus mal à voir que celle d’un imbécile.
- L’amusant, au théâtre, c’est de sortir aux entractes, de saluer, de serrer des mains, d’entendre des opinions et de s’en faire une moyenne, avec toutes les extrêmes, sans effort, sur la pièce.
- Laver son linge sale en famille en utilisant pour la lessive les cendres des aïeux.
- Il nous vient souvent l’envie de changer notre famille naturelle contre une famille littéraire de notre choix, afin de pouvoir dire à tel auteur d’une page touchante : "frère".
- Est-ce la même chose pour la femme que pour le mari, l’adultère ? Une manière d’échapper aux grosses émotions par de petits mots.
- Au réveil d’un doux rêve, on voudrait se rendormir pour le continuer; mais vainement on s’efforce d’en ressaisir les vagues traces, comme les plis de la robe d’une femme aimée disparaissant derrière une portière qu’on ne pourrait soulever.