On confond toujours l’homme et l’artiste, sous prétexte que le hasard les a réunis dans le même corps.
Écrivain, 1864-1910 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons On confond toujours l’homme et l’artiste, sous prétexte que le hasard les a réunis dans le même corps.
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Journal, 1887-1910
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Ce n’est, d’ailleurs, peut-être, que la brièveté de la vie qui empêche les artistes de comprendre jusqu’au bout la vanité de leur travail et d’organiser à temps l’oubli et de leur œuvre et d’eux-mêmes.
L’artiste a seulement alors une conscience plus aiguë que celle des autres de l’harmonie du monde, de sa beauté et de sa laideur, de l’apport de l’homme, qu’il doit transmettre intelligemment aux autres.
La découverte de l’art, comme toute conversion, est la rupture d’une relation antérieure entre un homme et le monde.
Et quand l’art nous convie au festin émerveillé, parfois il se pare de la mélancolie qui s’attache à la connaissance de notre finitude. Cette association secrète entre deux sentiments qu’on aurait pu croire contradictoires nous indique que l’émerveillement est souvent composite.
Un artiste ne peut avoir de certitudes. Tout son être, tout son travail sont habités par le doute.
Un des dadas de Teste, non le moins chimérique, fut de vouloir conserver l’art
Ars – tout en exterminant les illusions d’artiste et d’auteur.
L’écriture, de même que le dessin, fait connaître à la fois le modèle et l’homme. Seulement, parce que le modèle d’écriture est commun à tous, ici c’est la nature de l’écrivant qui saute aux yeux en quelque sorte.
La dissimulation nous enseigne toujours la dissimulation, et la seule question est de savoir si nous serons les maîtres ou les victimes de cet art. Question à laquelle l’amour de soi a tôt fait de répondre.
L’individuation n’a d’autre but que de libérer le Soi, d’une part des fausses enveloppes de la persona, et d’autre part de la force suggestive des images inconscientes.
Il faut toujours supposer que les pactes sont faits entre l’intelligence du poète et sa sensibilité et qu’il les ignore lui-même, qu’il en est le jouet. C’est plus intéressant et c’est plus profond.

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