- Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu’un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l’âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans ce monde, la seconde balance l’âme jusqu’au ciel.
- Le besoin de créer est dans l’âme comme le besoin de manger dans le corps.
- À vingt ans, on danse au centre du monde. À trente, on erre dans le cercle. À cinquante, on marche sur la circonférence, évitant de regarder vers l’extérieur comme vers l’intérieur. Plus tard, c’est sans importance, privilège des enfants et des vieillards, on est invisible.
- Mon Dieu qui n’êtes personne, donnez-moi chaque jour ma chanson quotidienne, mon Dieu qui êtes un clown, je vous salue, je ne pense jamais à vous, je pense à tout le reste, c’est déjà bien assez de travail, amen.
- Il y a dans la douleur une pureté infatigable, la même que dans la joie, et cette pureté est en route dessous les tonnes d’imaginaire congelé.
- Où s’arrête la personne, ses contours, ses limites, où commence ce qui en elle est bien plus qu’elle, la douleur dans sa voix, l’innocence dans ses yeux ?
- Un homme sain d’esprit c’est un fou qui tient sa folie dans une poche de sang noir - entre le cerveau et le crâne, entre sa famille et son métier.
- L’intelligence n’est pas affaire de diplômes.
- Dans le monde tout va ensemble, sauf l’amour. Il ne va avec rien. Il n’est nulle part. Il manque.
- N’importe quoi peut servir de Dieu quand Dieu manque.
- L’amour est manque bien plus que plénitude, l’amour est plénitude du manque.
- La fatigue est une des choses au monde les plus intéressantes à penser. Elle est comme la jalousie, comme le mensonge ou comme la peur. Elle est comme ces choses impures que l’on tient loin de ses yeux. Comme ces choses elle nous fait toucher terre.
- Il y a quelque chose de calmant dans la philosophie, une manière de parler du vivant comme si on était mort.
- C’est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres. Elles y trouvent leur mort et un dernier éclat.
- Le jour de notre mort traverse chaque jour de notre vie comme une eau plus sombre dans l’eau limpide, mais nous sommes trop agités pour le voir et saluer comme il convient notre prochaine disparition dans toutes présences du monde.
- Le sommeil est un mystère et, en tant que tel, il touche la mort d’un côté, et l’amour de l’autre.
- Un jaloux ne peut trouver la paix que dans la mort de ce qu’il aime : là, enfin, il est sûr de ce qu’il possède.
- La fin de la guerre c’est la maîtrise d’un bout de terre, la reconnaissance d’un seul maître.
- Peut-être n’est-ce que cela le monde : ce mauvais silence imposé à nos vies.
- L’oeuvre est achevée quand l’artiste est, devant elle, rendu à sa solitude complète.
- La télévision c’est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.
- Ecrire des lettres d’amour est, certes, un travail peu sérieux et sans grande importance économique. Mais si plus personne ne l’exerçait, si personne ne rappelait à cette vie combien elle est pure, elle finirait par se laisser mourir.
- La main de la mère relevant avec nonchalance une mèche de cheveux sur le front de son enfant lègue à celui-ci une douceur qu’une vie entière n’épuisera pas.
- On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie.
- Tout le mal dans cette vie provient d’un défaut d’attention à ce qu’elle a de faible et d’éphémère.
- L’amitié cache un secret : c’est qu’elle est faite de chaleur humaine, une chaleur qui redonne le souffle.
- L’amitié fait qu’on a pas de cesse d’enrichir l’ami de soi-même.
- Le bonheur est fait de petites choses : un rayon de soleil, un coin d’ombre, un quignon de pain, un verre d’eau pure.
- Le couple c’est le lieu de la vie soustraite. La passion c’est le lieu de la vie divisée.
- L’amour est un mot trop grand pour nos petits gestes.