- Le nom de famille vous tombe dessus à la naissance, de plus en plus lourd avec l’âge, comme la pluie qui bruine et s’infiltre sous les vêtements les plus épais.
- Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l’argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.
- Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.
- Le mariage est encore la meilleure façon pour une femme de devenir invisible.
- On peut très bien faire une chose sans y être. On peut même passer le clair de sa vie, parler, travailler, aimer, sans y être jamais.
- Un écrivain est grand non par lui-même mais par la grandeur de ce qu’il nomme, et je ne sais pas d’autre grandeur que celle de la vie faible, humiliée par le monde.
- La mort ne change pas une vie en destin. Mourir ne referme pas le livre à sa dernière page, texte enfin déchiffrable.
- Le plus beau don que l’on puisse nous faire dans cette vie ténébreuse est celui de la clarté - quand bien même cette clarté nous tue.
- La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu’un regard trop pesant parvient à déchirer. La vie me comble d’être aussi parfaitement menacée. Le déchirement me donne joie et rire.
- Nous ne disposons que d’une seconde pour voler à la vie les bracelets de lumière qui tintent à ses poignets.
- La mort est un clou en or dans le bois de la vie.
- Il nous manque d’aller dans notre vie comme si nous n’y étions plus...
- La douceur de vivre est l’avancée d’une vie éternelle dans la vie aujourd’hui.
- La simple vie de chaque jour nous donne toute sa lumière puis s’en va, comme une invisible fiancée portant à son doigt une bague d’air, incrustée de silences scintillants.
- Au lever de la vie, à l’aurore des yeux, on avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux, avec de l’encre.
- Il y a quelque chose de puéril dans la mélancolie, on veut punir la vie parce qu’on estime qu’elle nous a punis, on est comme ces enfants qui boudent et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie.
- La vie en société c’est quand tout le monde est là et qu’il n’y a personne. La vie en société c’est quand tous obéissent à ce que personne ne veut.
- Il y a besoin de si peu pour écrire. Il n’y a besoin que d’une vie pauvre. Si pauvre que personne n’en veut et qu’elle trouve asile en dieu, ou dans les choses. Une abondance de rien.
- Les hommes regardent les femmes et ils en perdent la vue. Les femmes regardent les mots d’amour et elles y trouvent leur âme.
- Les imbéciles manquent d’amour pour voir et pour entendre, c’est à ce manque qu’on les reconnaît.
- D’emblée dans la vie la fatigue touche aux deux portes sacrées : l’amour, le sommeil. L’amour qu’elle use comme de l’eau sur la pierre. Le sommeil qu’elle entasse comme de l’eau sur de l’eau.
- Quand la vérité éclaire partout, c’est l’amour.
- L’amour commence là - dans les fonds du désert. Il est invisible dans ses débuts, indiscernable dans son visage.
- L’ennui c’est de l’amour qui s’apprête en silence.
- J’ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce qu’est ta vie dedans ma vie : l’air.
- Je continuerai à bénir cette vie où tu n’es plus, je continuerai à l’aimer, c’est en tournant le dos à ta tombe que je te vois.
- Qu’est-ce que c’est, aimer. Ce n’est pas s’enfermer dans la même maison, s’étouffer dans la même parole, s’assombrir dans la même histoire. Ce n’est pas remplir un vide, effacer une distance.
- Aimer et mourir sont deux lueurs qui ne font qu’un seul feu, et sans doute est-ce pour cela que nous aimons si peu, si mal : il nous faudrait consentir à notre propre défaite.
- Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le coeur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui.
- Un livre est voyant ou il n’est rien. Son travail est d’allumer la lumière dans les palais de nos cerveaux déserts.
- Dieu tenait au dix-septième siècle la place qu’aujourd’hui tient l’argent. Les dégâts étaient moindres.
- Ce qui est impossible à comprendre est tellement simple à vivre.
- Il va là où le chant ne manque jamais de souffle, là où le monde n’est plus qu’une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout. Il disparaît de la ville.
- L’âme est le goût de l’absolu donc de la perte - la pelote de lumière lancée violemment contre le haut mur de la mort, et les rebonds qu’elle fait dans la pensée.
- Mourir est une saveur que nous connaîtrons tous, un pain de lumière dont nous sommes les moineaux effrayés.
- C’est une chose fragile que la lumière du jour. On y grandit. On y marche. On y attend quelque chose, on se sait trop quoi. Oui, mais voilà : où trouver la force d’attendre, quand le visage aimé est recouvert de terre ?
- La bête qui ronge leur conscience leur en laisse assez pour qu’ils connaissent, par instants, l’horreur d’être là.
- Les mères par leurs soins élémentaires fleurissent les abîmes. Si il y a encore des lions, des étoiles et des saints c’est parce qu’une femme épuisée pose un plat sur la table à midi.
- Qu’est-ce qui distingue les anges de nous ? Leur très grand naturel. - Comment s’appelle le chien qui mord son maître ? La gloire. - Qui rit après sa mort ? La pluie dans le feuillage.
- Il nous manque d’aller dans notre vie comme si nous n’y étions plus, avec cette souplesse du chat entre les hautes herbes, ou avec ce fin sourire de l’amoureuse devant son coeur cambriolé.