- Une personne humble, qui est ensevelie dans le cabinet, qui a médité, cherché, consulté, confronté, lu ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte.
- Le guerrier et le politique, non plus que le joueur habile, ne font pas le hasard, mais ils le préparent, ils l’attirent, et semblent presque le déterminer.
- Jeune, on conserve pour sa vieillesse; vieux, on épargne pour la mort. L’héritier prodigue paye de superbes funérailles, et dévore le reste.
- Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public.
- Il faut des fripons à la cour auprès des grands et des ministres, même les mieux intentionnés; mais l’usage en est délicat, et il faut savoir les mettre en oeuvre.
- L’on confie son secret dans l’amitié; mais il échappe dans l’amour. L’on peut avoir la confiance de quelqu’un sans en avoir le coeur. Celui qui a le coeur n’a pas besoin de révélation ou de confiance; tout lui est ouvert.
- Cet homme si sage, le conseil de toute une ville, fera-t-il de lui-même cette démarche si raisonnable ? Y entraînera-t-il sa femme ? Ne faudra-t-il point pour les remuer tous deux la machine du directeur ?
- J’ai vu souhaiter d’être fille, et une belle fille, depuis treize ans jusqu’à vingt-deux, et après cet âge, de devenir un homme.
- Un homme sage ni ne se laisse gouverner, ni ne cherche à gouverner les autres : il veut que la raison gouverne seule et toujours.
- C’est avoir une très mauvaise opinion des hommes, et néanmoins les bien connaître, que de croire dans un grand poste leur imposer par des caresses étudiées, par de longs et stériles embrassements.
- On ne vit point assez pour profiter de ses fautes; on en commet pendant tout le cours de sa vie, et tout ce que l’on peut faire. A force de faillir, c’est de mourir corrigé...
- Ne pourrait-on découvrir l’art de se faire aimer de sa femme ?
- Le plaisir de la critique nous ôte celui d’être vivement touchés de très belles choses.
- Ceux qui font bien mériteraient seuls d’être enviés, s’il n’y avait encore un meilleur parti à prendre, qui est de faire mieux : c’est une douce vengeance contre ceux qui nous donnent cette jalousie.
- Un mari n’a guère un rival qui ne soit de sa main, et comme un présent qu’il a autrefois fait à sa femme.
- Il n’y a rien que les hommes aiment mieux à conserver et qu’ils ménagent moins que leur propre vie.
- Vivre avec ses ennemis comme s’ils devaient un jour être nos amis, et vivre avec nos amis comme s’ils pouvaient devenir nos ennemis, n’est ni selon la nature de la haine, ni selon les règles de l’amitié ce n’est point une maxime morale, mais politique.
- Regretter ce que l’on aime est un bien, en comparaison de vivre avec ce que l’on hait.
- L’on ne peut aller loin dans l’amitié, si l’on n’est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts.
- Le regret qu’ont les hommes du mauvais emploi du temps qu’ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre un meilleur usage.
- Une grande âme est au-dessus de l’injure, de l’injustice, de la douleur, de la moquerie; et elle serait invulnérable si elle ne souffrait par la compassion.
- Une grande reconnaissance emporte avec soi beaucoup de goût et d’amitié pour la personne qui nous oblige.
- Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit la source du repos; elle fait supporter la vie et rend la mort douce : on n’en tire pas tant de l’hypocrisie.
- Tout notre mal vient de ne pouvoir être seuls : de là le jeu, le luxe, la dissipation, le vin, les femmes, l’ignorance, la médisance, l’envie, l’oubli de soi-même et de Dieu.
- C’est trop contre un mari d’être coquette et dévote : une femme devrait opter.
- Une chose folle et qui découvre bien notre petitesse, c’est l’assujettissement aux modes quand on l’étend à ce qui concerne le goût, le vivre, la santé et la conscience.
- Une femme qui n’a qu’un amant croit n’être point coquette; celle qui a plusieurs amants croit n’être que coquette.
- Une femme n’est pas plus honorée par le nom de son mari que par le nom de son amant.
- Celui qui aime assez pour vouloir aimer un million de fois plus qu’il ne fait, ne cède en amour qu’à celui qui aime plus qu’il ne voudrait.
- Il n’y a qu’un premier dépit en amour, comme la première faute dans l’amitié, dont on puisse faire un bon usage.
- Vouloir oublier quelqu’un, c’est y penser. L’amour a cela de commun avec les scrupules, qu’il s’aigrit par les réflexions et les retours que l’on fait pour s’en délivrer. Il faut, s’il se peut, ne point songer à sa passion pour l’affaiblir.
- L’on peut avoir la confiance de quelqu’un sans en avoir le coeur : celui qui a le coeur n’a pas besoin de révélation ou de confiance; tout lui est ouvert.
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