Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance…
Écrivain, 1850-1893Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance…
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Monsieur Parent (1885), Petit Soldat
Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance, d’une souffrance naïve et profonde. Il avait envie de pleurer, de se sauver, de se cacher, de ne plus voir personne jamais.
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L’étonnant, c’est qu’il ait souffert si longtemps : il usurpait sa vie.
Le voilà délivré des maux de la vie et, comme disait Fontenelle, de la difficulté d’être…
Sous le silence prodigieux du couvent, il est comme un malade qui, la nuit, à l’heure où les bruits de la rue se sont tus, perçoit les battements de son cœur.
Et il réussit, par un effort surhumain, à entendre la part de souffrance exprimée par cet homme, comme par n’importe lequel de ses patients, cette part qu’il lui est intolérable d’écouter.
Des jours brisés qu’il se rappelle, il n’est pas sûr qu’il ait souffert, tant sa douleur est naturelle, son sourire est mort l’autre hiver.
Il eut une révélation soudaine. Il comprit tout à coup le caractère fastidieux de la vie où tout sentier représente l’imprévu et dont une part importante se passe à surveiller ses pas.
Parfois, il s’empêchait si fort de penser à elle, il en avait mal au ventre. Et, plié en deux, de tenir ainsi avec les mains son estomac noué, il concevait une sorte de vertige, son corps lui-même se révoltait contre, à proprement parler, sa volonté.
Il avait le visage fermé des gens chez qui l’étonnement a coupé net l’élan de la fureur et qui dévorent leur rage en silence.
Sur ses traits fins se lisait même une expression d’angoisse, comme si la griffe ancienne de la souffrance restait plantée dans ce bonheur trop neuf.
Je ne comprenais pas cet homme qui s’économisait et réfrénait ses élans. Ne rien montrer de peur de se sentir affaibli, je n’ai jamais pu comprendre ça. Chez moi, on se touche et on s’embrasse comme on respire.

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