Je ne comprenais pas cet homme qui s’économisait et réfrénait ses élans. Ne rien montrer de peur de se sentir affaibli, je n’ai jamais pu comprendre ça. Chez moi, on se touche et on s’embrasse comme on respire.
RomancièreJe ne comprenais pas cet homme qui s’économisait et réfrénait ses élans. Ne rien montrer de peur de se sentir affaibli, je n’ai jamais pu comprendre ça. Chez moi, on se touche et on s’embrasse comme on respire.
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C’est drôle parce que ça a commencé comme ça, par moi fascinée qui découvre cet homme voilé ; et ça a continué, tout le temps, comme ça, avec moi fascinée qui soulève les voiles un à un sans trouver jamais, en dessous, aucun visage.
Le jeune homme desesperant de pouvoir jouir de ses amours, en fut si desplaisant, qu’il se noya.
Je détestais que l’on me perce à jour ou que l’on croie pouvoir me percer à jour. Je détestais être examinée par lui. Malgré son si beau sourire, je ne voulais pas être comprise, je voulais que l’on me laisse tranquille.
Le jeune homme s’y sentait plus gai, plus léger, il avait un peu l’impression de n’être plus le Sylvain de tous les jours, mais le Sylvain que, tout petit, il pensait devenir avant que la vie lui eût à grandes bourrades enseigné sa dure loi.
Parfois, il s’empêchait si fort de penser à elle, il en avait mal au ventre. Et, plié en deux, de tenir ainsi avec les mains son estomac noué, il concevait une sorte de vertige, son corps lui-même se révoltait contre, à proprement parler, sa volonté.
Je vivais en homme qui désire la mort mais n’a pas le courage de se la donner.
Je me laissais envelopper par sa tendresse. C’est cela la tendresse, l’équilibre des gestes, des mots qui sont à la mesure des sentiments. Quand il m’a embrassée, consciente du pas accompli, je savais que déjà je commençais à me donner.
Alors je compris par expérience ce que j’avais souvent ouï dire à Mentor, que les hommes mous et abandonnés aux plaisirs manquent de courage dans les dangers.
Une extraordinaire enfance semblait sourdre sur ses traits de toutes les meurtrissures creusées par la fatigue et l’insomnie, et un sentiment exalté de victoire m’envahit soudain ; ce visage que j’emportais dans mon songe vivait comme il n’avait jamais vécu.
J’ai vécu jour après jour la différence entre lui et moi, coulé dans un univers rétréci, bourrée jusqu’à la gueule de minuscules soucis. De solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses.

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