La parole, me semble t-il, délivre de la peur de la mort, et si elle pouvait m’aider à la repousser, à lui échapper, je serais alors le porc-épic le plus heureux du monde.

La parole, me semble t-il, délivre de la peur de la mort, et si elle pouvait m’aider à la repousser, à lui échapper, je serais alors le porc-épic le plus heureux du monde.

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Mémoires de porc-épic
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Otez-la moi, cette vie odieuse et insupportable, car, dans le désespoir où vous me jetez, la mort sera une faveur pour moi.
Que j’écrive ou non, la face du monde n’en sera pas changée. Et pourtant, c’est un peu comme si j’étais en sursis et que chaque mot fût un rempart contre la mort.
En faisant courir le bruit de ma mort, j’assure ma vie et me couvre de gloire. Parole qui profite ne saurait porter malheur.
La mort, comme un terrier, comme une chambre aux rideaux fermés, comme la solitude, est à la fois horrible et tentante : on sent qu’on pourrait y être bien.
Au mal qu’on sent on ajoute celui qu’on craint ; la prévoyance de la mort la rend horrible et l’accélère.
Heureux ceux qui souffrent ! Cette parole insensée hante toujours vos cœurs debiles et vous avez peur de la joie, par vanité.
Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve.
J’ai senti dans mes mains un animal immonde, Échappé à la nuit d’une affreuse forêt, et je vis que c’était le mal dont tu mourais, que j’appelle en riant la tristesse du monde.
Le plus grand témoignage d’amour qu’on puisse donner à un mort, c’est de n’y pouvoir plus penser.
Une maladie, un deuil, on en parle… Mais un chagrin d’amour scelle les mots au bord de nos lèvres comme si une incompréhensible pudeur devait les retenir en nous empêchant de les communiquer aux autres.

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