C’est dans la maladie que nous nous rendons compte que nous ne vivons pas seuls, mais enchaînés à un être d’un règne différent, dont des abîmes nous séparent, qui ne nous connaît pas et duquel il est impossible de nous faire comprendre : notre corps.
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- Avoir un corps, c’est la grande menace pour l’esprit, la vie humaine et pensante.
- Nous localisons dans le corps d’une personne toutes les possibilités de sa vie, le souvenir des êtres qu’elle connaît et qu’elle vient de quitter, ou s’en va rejoindre.
- Tout le monde s’habitue. C’est dans la nature humaine. On s’habitue à voir l’inhabituel, on s’habitue à vivre des choses dérangeantes, on s’habitue à voir des gens souffrir, on s’habitue nous-mêmes à la souffrance. On s’habitue à être prisonniers de notre propre corps. On s’habitue, ça nous sauve.
- Notre système nerveux n’est pas un vain mot ni une invention. C’est un corps physique composé de fibres. Notre âme est située dans l’espace et se place en nous comme les dents dans la bouche. On ne peut sans cesse la violenter impunément.
- Il n’y a pas que le corps qui importe, et nos sexes, que sont-ils sinon les portes sacrées de ce que nous pourrions être ?
- La douleur physique existe pour nous rappeler que nous sommes mortels. Quand on souffre dans notre corps, on découvre combien sotte et vaine est la vanité.
- Les sciences humaines ignorent l’humain biologique, en font une entité sans corps et sans vie.
- Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu’un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l’âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans ce monde, la seconde balance l’âme jusqu’au ciel.
- Nous jouissons du temps sans compter, et ce qui est triste, c’est que nous ne commençons à comprendre ce qui est important que lorsque notre corps ne peut plus nous le procurer.
- Je ne crois pas à l’âme séparée du corps. Je crois que, corps et âme, c’est même chose, et que lorsque la vie du corps n’est plus là, c’en est fait des deux à la fois.
- On n’a rien compris à la maladie, tant qu’on n’a pas reconnu son étrange ressemblance avec la guerre et l’amour : ses compromis, ses feintes, ses exigences, ce bizarre et unique amalgame produit par le mélange d’un tempérament et d’un mal.
- Un corps est en réalité une machine à survie aveuglément programmée par ses gènes égoïstes.
- C’est un des mystères attachés à la condition humaine, et la définition de sa folie essentielle, que le domaine de l’inexistant ait presque toujours la part la plus belle par rapport au domaine de l’existant.
- Le corps est la source de l’horreur chez les êtres humains. C’est le corps qui vieillit; c’est le corps qui meurt.