Avoir un corps, c’est la grande menace pour l’esprit, la vie humaine et pensante.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Avoir un corps, c’est la grande menace pour l’esprit, la vie humaine et pensante.
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Source vérifiée
Le Temps retrouvé (1927), chapitre III
… Encore ne parlé-je ainsi que pour la commodité du langage. Car le danger intérieur, comme celui d’une hémorragie cérébrale, est extérieur aussi, étant du corps. Etavoir un corps c’est la grande menace pour l’esprit. La vie humaine et pensante(dont il faut sans doute moins dire qu’elle est un miraculeux perfectionnement de la vie animale et physique, mais plutôt qu’elle est une imperfection encore aussi rudimentaire qu’est l’existence commune des protozoaires en polypiers, que le corps de la baleine, etc.), dans l’organisation de la vie spirituelle, est telle que le corps enferme l’esprit dans une forteresse; bientôt la forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l’esprit se rende. …
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Le danger pour beaucoup d’âmes est de regarder la vie, de la penser et de goûter cette pensée sans la vivre.
Un corps chétif affaiblit l’âme.
Le corps est la source de l’horreur chez les êtres humains. C’est le corps qui vieillit ; c’est le corps qui meurt.
Les rêves, la folie et l’ivresse prouvent que notre âme dépend beaucoup de notre corps, et vice versa.
L’obscénité n’apparaît que si l’esprit méprise et craint le corps, si le corps hait l’esprit et lui résiste.
Bonne ou mauvaise, abondante ou restreinte, la pensée, essence de l’âme humaine, est une force qui survit à la destruction du corps.
Le déni de l’anatomie et du corps comme destin ne date pas d’hier. Il fut bien plus virulent dans toutes les sociétés antérieures à la nôtre. Ritualiser, cérémonialiser, affubler, masquer, mutiler, dessiner, torturer – pour séduire : séduire les dieux, séduire les esprits, séduire les morts. Le corps est le premier grand support de cette gigantesque entreprise de séduction.
La vie est une maladie de l’esprit.
Le danger, c’est quand on se met à composer sa vie comme une œuvre d’art. Le danger, c’est quand l’imagination n’écoute plus que sa propre poésie…
Quelle souffrance que d’être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture ! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d’exister ?

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