Si on colle l’oreille à la porte des livres et aux portes de la nuit, si on fait bien attention, on peut entendre la conversation des poètes.
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- Le poète est cet être très vieux et très neuf, très complexe et très simple qui aux confins vécus du rêve et du réel, du jour et de la nuit, entre absence et présence, cherche et reçoit dans le déclenchement soudain des cataclysmes intérieurs le mot de passe de la connivence et de la puissance.
- Me vient à l’esprit la fameuse interrogation de Thalès. Qui vient d’abord : la nuit ou le jour ? Et Thalès tranche : la nuit est en avance d’un jour.
- J’ai toujours aimé la nuit, il y a des tas de choses dedans qui parlent, qui chantent ou qui racontent.
- Je ne savais pas que les mots peuvent sauver. Aujourd’hui je le sais : ils maintiennent le lien à soi. Ils permettent de ne pas s’égarer dans la nuit profonde de la folie.
- Les poètes travaillent dans le noir comme des rapaces nocturnes ou des rossignols au chant si doux, et ils craignent d’offenser Dieu.
- Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, dans la nuit.
- Lorsque nous appelons les réflexions, elles nous fuient; et quand nous voulons les chasser, elles nous obsèdent, et tiennent malgré nous nos yeux ouverts pendant la nuit.
- Dans la lumière nous lisons, dans l’obscurité nous parlons.
- J’ai longtemps aimé le silence pour lire. La quiétude d’un néant quelconque, impersonnel, pour savourer pleinement le cataclysme sonore des mots.
- Il y a trois genres littéraires bien différents : la poésie qui est chantée, le théâtre qui est parlé et la prose qui est écrite.
- Le jeune poète ne saurait être assez froid, assez réfléchi : l’usage authentique et mélodieux du langage exige toute l’attention d’un esprit vaste et calme.
- Il y a de grandes ressources pour le style - en prose et plus encore en poésie - dans la distorsion des locutions usuelles.
- Le cinéaste pense avec les yeux et les oreilles, le peintre avec les mains. La littérature est un refuge. Elle approfondit la vision du monde.
- Un livre est voyant ou il n’est rien. Son travail est d’allumer la lumière dans les palais de nos cerveaux déserts.
- Et quelle étrange chose que certains mots, c’est sans bouche ni voix, c’est sans visage, on les rencontre dans le noir, on leur prend la main, on les guide mais il fait nuit partout sur terre.