Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, dans la nuit.
Écrivain, 1906-1989Source : Fin de partie (1957)
Source indiquée, pas encore vérifiée sur le texte original. Comment nous vérifions
Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, dans la nuit.
Écrivain, 1906-1989Source : Fin de partie (1957)
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Et quelle étrange chose que certains mots, c’est sans bouche ni voix, c’est sans visage, on les rencontre dans le noir, on leur prend la main, on les guide mais il fait nuit partout sur terre.
Mais, que suis-je ?
Un enfant braillant dans la nuit,
Un enfant braillant pour la lumière,
Et pour tout langage un cri.
Les paroles seules comptent. Le reste est bavardage.
Converser pendant le sexe, c’est comme parler à un étranger ; les mots sont souvent répétés, les verbes abandonnés au profit d’une charade de gestes, et une feinte compréhension s’exprime dans un sourire.
Si on colle l’oreille à la porte des livres et aux portes de la nuit, si on fait bien attention, on peut entendre la conversation des poètes.
Quand nous sommes jeunes, les mots sont éparpillés autour de nous. Au fur et à mesure qu’ils sont assemblés par l’expérience, nous le sommes aussi, phrase par phrase, jusqu’à ce que l’histoire prenne forme.
Alors commença l’intimité enfantine et charmante des niaiseries d’amour, des petits mots bêtes et délicieux, le baptême avec des noms mignards de tous les détours et contours et replis de leurs corps où se plaisaient leurs bouches.
Avec certains êtres, très rares, il faudrait ne pas parler. Il faudrait tout de suite être dans les bras, caresser le visage, les paupières, les joues, les lèvres, les effleurer d’un doigt, lentement d’abord, puis dans un baiser, passionnément. S’embrasser. S’étreindre. Les mots sont inutiles. Les mots viendraient plus tard confirmer ce que les corps ont su dès les premiers instants.
Aux mots, à leur accent, aux choses, aux mille questions que l’on pose. Au lourd silence inopportun, aux rêves qui fuient un à un ;.
Sous sa chevelure épaisse et emmêlée, son visage semblait toujours tombé du nid. Je cherchais quelque chose à dire, puisqu’il faut toujours recourir aux mots pour empêcher le silence de parler trop fort.

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