Et quelle étrange chose que certains mots, c’est sans bouche ni voix, c’est sans visage, on les rencontre dans le noir, on leur prend la main, on les guide mais il fait nuit partout sur terre.
Poète, 1923-2016Et quelle étrange chose que certains mots, c’est sans bouche ni voix, c’est sans visage, on les rencontre dans le noir, on leur prend la main, on les guide mais il fait nuit partout sur terre.
Poète, 1923-2016Partager sur
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The Curved Planks: Poems / A Bilingual Edition
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Et c’est parfois dans un regard, dans un sourire, que sont cachés les mots qu’on n’a jamais su dire.
Rien n’est mélancolique et doux comme la tyrolienne sauvage chantée dans l’ombre, par un pauvre petit chevrier invisible, pour la solitude qui l’écoute. Quelquefois, dans toute une grande montagne, il n’y a que la voix d’un enfant.
Dans la lumière nous lisons, dans l’obscurité nous parlons.
Les plus beaux mots du monde ne sont que de vains sons, si on ne les comprend pas.
Nous sommes des sourds-muets qui rêvons du plus beau langage alors qu’un seul mot nous ne savons le reconnaître. La vie d’un homme est un misérable balbutiement dans le désert…
Morte !… Morte !… Il y a de ces mots qu’on prononce sans pouvoir les comprendre.
Il y a des silences qui en disent longs, comme des paroles qui ne signifient rien.
Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, dans la nuit.
Le monosyllabe a une étrange capacité d’immensité : mer, nuit, jour, bien, mal, mort, oui, non, dieu.
La nuit est un masque. La nuit efface les formes. La nuit supprime les témoins. La nuit rend fou aussi. Ce n’est plus la réalité. C’est une autre vie, sans visage, sans angle, sans matière. La nuit est une noyade.

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