Le poète est cet être très vieux et très neuf, très complexe et très simple qui aux confins vécus du rêve et du réel, du jour et de la nuit, entre absence et présence, cherche et reçoit dans le déclenchement soudain des cataclysmes intérieurs le mot de passe de la connivence et de la puissance.
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- Sur ce qu’il vient d’écrire dans la journée, il a des peurs nocturnes. La nuit, fantastiquement, ramène tout à l’imaginaire de l’écriture : l’image du produit, le potin critique (ou amical) : c’est trop ceci, c’est trop cela, ce n’est pas assez... La nuit, les adjectifs reviennent, en masse.
- Si on colle l’oreille à la porte des livres et aux portes de la nuit, si on fait bien attention, on peut entendre la conversation des poètes.
- Un poète qui n’est pas réaliste est un poète mort. Mais un poète qui n’est que réaliste est aussi un poète mort. Le poète qui est seulement irrationnel ne sera compris que par lui-même et par la femme qu’il aime, et cela est assez triste. Le poète qui est seulement un rationaliste sera même compris par les ânes, et cela est aussi extrêmement triste.
- Comme un bateau est le poète âgé Ainsi qu’un dahlia le poème étagé, dahlia ! Dhalia ! Que Dalila lia.
- Les mots : écrins qui recueillent une réalité esseulée et la métamorphosent en un moment d’anthologie, magiciens qui changent la face de la réalité en l’embellissant du droit de devenir mémorable, rangée dans la bibliothèque des souvenirs.
- Un poète, c’est quelqu’un qui met de la dorure sur tout, c’est un compagnon du soleil.
- Le temps de la prime jeunesse, un âge rêveur, exalté, durant lequel on poétise la femme, on divinise sa chair inaccessible, on vit dans une attente farouche du miracle amoureux.
- Un poète est le plus utilitaire des êtres. Paresse, désespoir, accidents du langage, regards singuliers, - tout ce que perd, rejette, ignore, élimine, oublie l’homme le plus pratique, le poète le cueille, et par son art lui donne quelque valeur.
- Parce que le poète nous découvre une nuance fugitive, nous apprenons à imaginer toute nuance comme un changement. Seule l’imagination peut voir les nuances, elle les saisit au passage d’une couleur à une autre.
- On ne peut être poète sans quelque folie.
- La poésie est la forme clandestine d’un contre-pouvoir qui libère le poète de tout carcan autoritaire, et lui permet d’accéder à l’existence orageuse de son corps.
- La fonction même du poète, en tant que mode de connaissance, n’est pour moi qu’une règle de vie qui nous tienne plus vivant, fût-ce à vif, sur l’autre versant de l’apparence.