Si l’on est assez vieux, alors on a l’impression que l’existence entière, avec ses joies et ses souffrances, ses amours et ses découvertes, ses amitiés, ses liaisons, les livres, la musique, les voyages et le travail ne constituent rien d’autre qu’un long détour menant à l’éclosion de ces instants où Dieu se révèle, où le sens et la valeur de tout ce qui existe et se produit s’offrent à nous à travers la forme d’un paysage, d’un arbre, d’un visage, d’une fleur.
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- Le monde nous gratifie de peu de chose à présent, il semble n’être que vacarme et angoisse; cependant l’herbe et les arbres continuent de pousser. Et même si un jour la terre entière est recouverte de blocs de béton, la grand ballet des nuages se poursuivra dans le ciel; ici et là des hommes continueront d’ouvrir grâce à leur art la porte d’accès au divin.
- C’est seulement en vieillissant que l’on s’aperçoit que la beauté est rare, que l’on comprend le miracle que constitue l’épanouissement d’une fleur au milieu des ruines et des canons, la survie des œuvres littéraires au milieu des journaux et des cotes boursières.
- Chaque homme n’est pas lui-même seulement. Il est aussi le point unique, particulier, toujours important, en lequel la vie de l’univers se condense d’une façon spéciale, qui ne se répète jamais.
- À quoi cela sert-il de vieillir ? Peut-être, justement, à rien d’autre qu’à élargir la vue, à ouvrir l’horizon. Car c’est en inscrivant son expérience particulière dans les formes de l’intersubjectivité - ces lieux universels du sens que sont la vérité, la justice, la beauté et l’amour - que l’individu tout à la fois se singularise et s’humanise.
- La vieillesse n’ôte à l’homme d’esprit que des qualités inutiles à la sagesse. Il semble que, pour certaines productions de l’esprit, l’hiver du corps soit l’automne de l’âme.
- Avoir 100 ans, c’est entrer dans une terre très peu fréquentée. Je vis sans me faire aucune illusion. Pour moi, le mystère ça n’est n’est pas la mort, c’est la vie.
- À partir d’un certain âge il faut prendre l’habitude de vivre comme les fantômes. Ne rien regretter, ne rien désirer. C’est de tout repos. Rien ne vous pèse, on ne pèse sur rien.
- La splendeur de la vie est à jamais en chacun de nous, dans l’attente, dans toute sa plénitude, mais voilée à la vue, au fond, invisible, lointaine. Elle est là, cependant, pas réticente, pas sourde. Si vous l’invoquez par le bon mot, par son bon nom, elle viendra.
- Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c’est passer de l’ignorance à la connaissance, de la peur à l’amour.
- C’est quand on aime que l’on arrive à être quelque chose de la Création. Quand on aime, on n’a aucun besoin de comprendre ce qui se passe, car tout se passe alors à l’intérieur de nous.
- N’est-ce pas là l’éternité ? Cette poussée soudaine d’une âme en nous et ce départ pour un monde qu’on ne possède qu’à deux.
- La nature humaine, inconsciemment, prolonge dans tous les pays du monde la croyance de la vie d’après. Je ne dis pas qu’il y en a une, je ne dis pas qu’il n’y en a pas, je dis qu’on ne sait pas. De même que personne ne peut me démontrer que Dieu existe, il n’y a personne pour démontrer qu’Il n’existe pas. C’est ce qui est intéressant en fait, parce que c’est aussi l’extraordinaire limite psychologique qui est la nôtre. C’est encore notre limite émotionnelle. C’est peut-être surtout notre limite émotionnelle qui en dit long sur la façon que nous avons d’appréhender la vie.
- La vieillesse nous attache plus de rides en l’esprit qu’au visage; et ne se voit point d’âmes, ou fort rares, qui en vieillissant ne sentent l’aigre et le moisi.
- Dieu n’est pas l’éternité, il n’est pas l’infini, mais il est éternel et infini. Il n’est ni la durée ni l’espace, mais il a existé de tout temps, et sa présence est partout.
- L’éternité vient dans le temps, l’immensité dans la mesure, le Créateur dans la créature, dieu dans l’homme, la vie dans la mort...