À quoi cela sert-il de vieillir ? Peut-être, justement, à rien d’autre qu’à élargir la vue, à ouvrir l’horizon. Car c’est en inscrivant son expérience particulière dans les formes de l’intersubjectivité - ces lieux universels du sens que sont la vérité, la justice, la beauté et l’amour - que l’individu tout à la fois se singularise et s’humanise.
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- Si l’on est assez vieux, alors on a l’impression que l’existence entière, avec ses joies et ses souffrances, ses amours et ses découvertes, ses amitiés, ses liaisons, les livres, la musique, les voyages et le travail ne constituent rien d’autre qu’un long détour menant à l’éclosion de ces instants où Dieu se révèle, où le sens et la valeur de tout ce qui existe et se produit s’offrent à nous à travers la forme d’un paysage, d’un arbre, d’un visage, d’une fleur.
- Le nombre est petit de ceux d’entre nous qui savent vieillir, et pourtant le passage est autrement difficile de l’enfance à l’âge mûr. Nul homme ne peut se flatter de l’avoir franchi impunément, sinon peut-être les saints et les génies. Oh ! Sans doute, il y a ce "mûrissement" des dons naturels de l’enfance, cet approfondissement des expériences de l’enfance, mais pour mûrir les dons de l’enfance, ou en approfondir les expériences, il faudrait d’abord apprécier la valeur des unes et des autres, il faudrait juger l’âge mûr par rapport à l’enfance, et non pas l’enfance par rapport à l’âge mûr.
- Nous, les personnes âgées, avons souvent une sensibilité particulière pour les soins, la réflexion et l’affection. Nous sommes, ou pouvons devenir, des maîtres de la tendresse. Nous avons besoin, dans ce monde habitué à la guerre, d’une véritable révolution de la tendresse !
- La vieillesse n’ôte à l’homme d’esprit que des qualités inutiles à la sagesse. Il semble que, pour certaines productions de l’esprit, l’hiver du corps soit l’automne de l’âme.
- Ce qui est intéressant, avec la vieillesse, c’est que le désir s’ajuste miraculeusement aux moyens.
- La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu. Elle vous a tout pris, et elle n’a plus rien à vous donner, je vais souvent dans les endroits fréquentés par la jeunesse pour essayer de retrouver ce que j’ai perdu. Parfois je reconnais le visage d’un camarade tué à vingt ans. Souvent, ce sont les mêmes gestes, le même rire, les mêmes yeux. Quelque chose, toujours, demeure. Il m’arrive alors de croire presque qu’il est resté en moi quelque chose de celui que j’étais il y a vingt ans, que je n’ai pas entièrement disparu.
- La vieillesse n’est pas une question d’âge, mais bien plus une certaine façon de regarder les autres.
- Une des différences entre la jeunesse et la vieillesse : quand on est jeune, on invente différents avenirs pour soi-même; quand on est vieux, on invente différents passés pour les autres.
- La vie est longue, un long amour paisible est rare, et la suprême volupté, c’est de vieillir à deux avec intelligence, tendresse et goût.
- Ce qui peut faire peur, ce n’est pas la beauté qui s’en va mais la mort qui s’approche. Et puis, vieillir ne doit pas être vu comme la fin de la séduction. Il restera ce que j’aime tant, l’échange, le charme, l’entente intellectuelle.
- Je ne laisse pas entrer le vieil homme. Je me tiens occupé. Il faut rester actif, vivant, heureux, fort, capable. Je ne laisse pas entrer le vieux critique, hostile, envieux, bavard, plein de colère et de plaintes, de manque de courage, qui se nie à lui-même que la vieillesse peut être créative, décisive, pleine de lumière et de projection.
- Mais non; je ne veux point d’une félicité que peut flétrir la clairvoyance. Il faut savoir retrouver le bonheur par delà. Acceptation; confiance; sérénité; vertus de vieillard. L’âge de la lutte avec l’ange est passé.
- Vieillir, c’est découvrir la transparence, brûler les frontières, fondre les limites, abattre les paravents... - Y a-t-il plus passionnant voyage que celui de la vie ? Jusqu’à la mort incluse ?
- La vieillesse bien comprise est l’âge de l’espérance.
- La vieillesse, quant à l’ordre de l’existence terrestre, est un passé sans avenir. Elle représente trop vivement la condition humaine, pour que son aspect n’importune pas l’homme.