C’est seulement en vieillissant que l’on s’aperçoit que la beauté est rare, que l’on comprend le miracle que constitue l’épanouissement d’une fleur au milieu des ruines et des canons, la survie des œuvres littéraires au milieu des journaux et des cotes boursières.
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- Si l’on est assez vieux, alors on a l’impression que l’existence entière, avec ses joies et ses souffrances, ses amours et ses découvertes, ses amitiés, ses liaisons, les livres, la musique, les voyages et le travail ne constituent rien d’autre qu’un long détour menant à l’éclosion de ces instants où Dieu se révèle, où le sens et la valeur de tout ce qui existe et se produit s’offrent à nous à travers la forme d’un paysage, d’un arbre, d’un visage, d’une fleur.
- Le monde nous gratifie de peu de chose à présent, il semble n’être que vacarme et angoisse; cependant l’herbe et les arbres continuent de pousser. Et même si un jour la terre entière est recouverte de blocs de béton, la grand ballet des nuages se poursuivra dans le ciel; ici et là des hommes continueront d’ouvrir grâce à leur art la porte d’accès au divin.
- Les belles et jeunes personnes sont des accidents de la nature mais les belles et vieilles personnes sont des œuvres d’art.
- À quoi cela sert-il de vieillir ? Peut-être, justement, à rien d’autre qu’à élargir la vue, à ouvrir l’horizon. Car c’est en inscrivant son expérience particulière dans les formes de l’intersubjectivité - ces lieux universels du sens que sont la vérité, la justice, la beauté et l’amour - que l’individu tout à la fois se singularise et s’humanise.
- La vie est longue, un long amour paisible est rare, et la suprême volupté, c’est de vieillir à deux avec intelligence, tendresse et goût.
- Ce qui est intéressant, avec la vieillesse, c’est que le désir s’ajuste miraculeusement aux moyens.
- J’entends par beauté celle qui s’épanouit en générosité, équité et respect. Celle là seule est capable de changer le monde, car elle est plus puissantes que toutes les beautés créées de la main de l’homme.
- L’Art est d’abord magique, puis religieux; au seizième siècle de notre ère, il renaît égocentrique; quatre cents ans plus tard il se fait peur sur les bords du néant; finalement il se jette tout entier dans les bras du marketing.
- La beauté a puissance de résurrection. Il suffit de voir et d’entendre. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.
- Un tableau doit être comme des étincelles, il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème. L’art peut mourir, ce qui compte c’est qu’il ait répandu des germes sur la terre.
- La civilisation est fragile comme une fleur : plus elle est belle et plus elle attire les doigts cruels qui couperont sa tige et lui donneront la mort.
- Ce n’est pas la beauté que nous aimons, mais l’échec : l’effort inutile pour rester toujours jeune, échec des nerfs, échec du corps. La beauté est comme la réussite; nous ne pouvons l’aimer longtemps.
- Ce qui peut faire peur, ce n’est pas la beauté qui s’en va mais la mort qui s’approche. Et puis, vieillir ne doit pas être vu comme la fin de la séduction. Il restera ce que j’aime tant, l’échange, le charme, l’entente intellectuelle.
- La beauté des femmes, elle n’était pas parfaite et triomphale, ce n’était pas celle des anges et des fleurs. Oh ! Non, leur beauté n’était pas < Celle impassible des fées Non plus celle opulente des déesses, mais c’étaient des beautés de femmes...
- Contrairement à l’adage célèbre, la beauté n’est pas une promesse de bonheur mais une certitude de désastre. Les êtres beaux, hommes ou femmes, sont des dieux descendus parmi nous et qui nous narguent de leur perfection. Là où ils passent, ils sèment la division, le malheur et renvoient chacun à sa médiocrité. La beauté est peut-être une lumière mais qui approfondit la nuit; elle nous soulève très haut et nous dépose ensuite si bas qu’on regrette de l’avoir approchée.