À quoi serviraient les morts, sinon à aimer les vivants davantage ?
ÉcrivaineÀ quoi serviraient les morts, sinon à aimer les vivants davantage ?
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Mercure
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Les morts ne meurent que s’ils meurent dans nos cœurs. Ils vivent si nous les chérissons, si nous honorons leur mémoire, si nous posons sur leurs tombes les mets qui de leur vivant ont eu leurs préférences, si à intervalles réguliers nous nous recueillons pour communier dans leur souvenir. (…) Quelques mots suffisent à les rameuter, pressant leurs corps invisibles contre les nôtres, impatients de se rendre utiles.
Ce que les morts laissent aux vivants, c’est certes un chagrin inconsolable, mais aussi un surcroît de devoir de vivre, d’accomplir la part de vie dont les morts ont dû apparemment se séparer, mais qui reste intacte.
De même il faut aimer beaucoup la vie pour aimer encore davantage la mort.
La tendresse inspirée par la mort fait aimer les vivants qui l’éprouvent.
Penser aux morts, c’est assurer la survie des gens qu’on a aimés, en attendant que d’autres le fassent pour vous. C’est un devoir de mémoire.
Pour qui a bien vécu, la mort vaut mieux que la vie : l’une consomme son salut, l’autre le compromet.
Nous vivons dans un monde où l’enterrement est plus important que la mort, le mariage plus que l’amour et le corps plus que l’intellect.
L’unique sortilège contre la mort, la vieillesse, la vie routinière, n’est-il pas l’amour ?
Vouloir faire l’amour, c’est un signe de vie : les morts ont pas ce genre d’envie-là.
Aimez et souffrez, espérez et contemplez. Malheur, hélas ! à qui n’aura aimé que des corps, des formes, des apparences ! La mort lui ôtera tout. Tâchez d’aimer des âmes, vous les retrouverez.

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