Ce qui me navre presque autant que de devoir faire mes bagages pour l’au-delà est de ne rien pouvoir glisser dedans tant il est vrai que, chez nous, le trépas annule complètement la sacro-sainte propriété.
Image : Ce qui me navre presque autant...

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- Je n’imagine plus le terme de mon existence comme l’effrayant passage dans le néant mais comme le délicieux moment où j’arrêterai enfin de régler des factures. Certaines lassitudes aident à dédramatiser.
- J’ai arrêté de dîner en ville lorsque je me suis rendu compte que je n’aurais jamais le courage de renverser le contenu de la soupière dans le décolleté de la maîtresse de maison.
- Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes que le gouffre de la Sécu continue à se creuser alors que ne cesse de progresser l’automédication qui exclut par définition tout remboursement de prestation médicale et d’achat de médicaments.
- Aujourd’hui, l’ennui est sidéral : c’est l’ennui de tout pouvoir faire, de jouir de tout, d’avoir parcouru tout l’espace et d’être au point inerte autour duquel tout tourne.
- Mystérieuse splendeur des choses vitales. Beauté inimitable, inintelligible, impossédable. Aimer, c’est ne pas pouvoir posséder.
- On devrait pouvoir se laisser bercer, abandonné comme une algue devant la marée, mais on est toujours emmené au large.
- L’absence, c’est cela : ne pas pouvoir partager.
- C’était passer de nouveau à mes facultés les fers invisibles d’une vie uniforme et trop tranquille, d’une existence dont je devenais incapable d’apprécier même les privilèges, tels que la sécurité et l’aisance.
- Mon sentiment c’était comme une maison où on ne va qu’aux vacances. C’est à peine habitable. Et puis aussi c’est exigeant un agonique. Agoniser ne suffit pas. Il faut jouir en même temps qu’on crève, avec les derniers hoquets faut jouir.
- La vieillesse n’est pas un naufrage; c’est un lent travail de rouille en cale sèche. Jamais je ne finirai comme ça. Dès que je ne me sentirai plus en état de naviguer, je me saborderai.
- Partir ne mène nulle part, j’ai mis longtemps à le comprendre; mais pour cela sans doute était-il nécessaire d’avoir fait tout le chemin.
- Tout fuit, glisse, rien ne heurte, et soi-même on se dit qu’on est bien ici, loin de chez soi, libre provisoirement de toute attache, que c’est pour ça qu’on voyage.
- On ne devrait jamais craindre d’être volé. N’est volé que ce que l’on a. Le pire au fond de nous c’est ce qu’on n’a pas. C’est le manque. Et personne ne nous le volera jamais. Personne ne peut voler le manque. Personne. Quel dommage !
- Quand on débarque dans la vie active, on se trimbale avec les bagages de ses parents. Et puis, on lâche les valises de son passé pour faire les siennes.
- Certaines pièces de la mémoire, il vaut mieux ne pas les rouvrir, pas même les aérer pour croire en faire partir la poussière, au contraire les garder cadenassées, et accepter toute sa vie de s’y tenir.