J’avais toujours pensé sottement que la dépression nerveuse était un terme inventé pour exprimer une espèce de faiblesse psychologique, un manque d’énergie. Maintenant, je suis persuadé du contraire, et je l’explique dans mon livre en montrant que c’est le corps qui commande et qu’il n’y a aucune énergie à opposer aux décisions du corps dépressif.
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- Sans le mot qui seul compte dans l’expression d’une pensée, la pensée en question n’est qu’un pur fantôme en attente de corps. Là où les mots manquent pour le dire, manque aussi la pensée.
- C’est un des mystères attachés à la condition humaine, et la définition de sa folie essentielle, que le domaine de l’inexistant ait presque toujours la part la plus belle par rapport au domaine de l’existant.
- Habiter un corps (grandir jouir souffrir mourrir) signifie : être en manque avant de disparaître.
- On s’engage souvent par manque de courage intellectuel. Prendre un parti, c’est démissionner du sien.
- D’autres ont le sentiment de ce qu’ils ont, dit-il; je n’ai le sentiment que de mes manques. Manque d’argent, manque de forces, manque d’esprit, manque d’amour. Toujours du déficit; je resterai toujours en deçà.
- Le chagrin, la tristesse, le découragement sont des impuretés que vous avez laissées pénétrer en vous et qui troublent votre organisme psychique, comme le poison ou d’autres substances toxiques troublent votre organisme physique.
- Si la peur est une émotion aussi insupportable, c’est qu’elle ne représente aucune possibilité d’unification intérieure. Une émotion est le refus d’être un avec l’extérieur... La peur représente un conflit à l’intérieur de nous-mêmes... Ce à quoi nous disons non se trouve en nous.
- La dépression post-partum, le baby blues, le mot est faible ! Tu as envie de te pendre avec le cordon ombilical... C’est pour ça qu’il le coupe très vite.
- Quelqu’un qui n’éprouve plus rien ne vit que par les nerfs, à travers l’agitation passionnée des autres, comme au théâtre ou dans la musique.
- Ces crises, l’état de grande dépression ne les connaît plus, et si la mémoire en revient au corps épuisé et au restant d’esprit que l’on est, elles apparaissent comme des phases de bonheur inaccessibles désormais.
- Je me demande comment tous ceux qui n’écrivent pas, ne composent ni ne peignent, parviennent à échapper à la folie, à la mélancolie et la peur panique qui sont inhérentes à la condition humaine.
- La paresse n’est, dans certains esprits, que le dégoût de la vie; dans d’autres, c’en est le mépris.
- L’instant de l’extrême fatigue, de l’extrême conscience, de l’extrême raison, veut l’immobilité totale, la non-défense, n’importe comment tu tombes, sur le ventre ou sur le dos.
- Plutôt la schizophrénie que les vérités arides d’une idéologie ascétique - et même : plutôt se tromper avec passion qu’avoir raison en tout, parce que seule la passion recèle la lutte, et seule la lutte recèle l’existence.
- Quelle souffrance que d’être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture ! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d’exister ?