Toute civilisation est hantée, visiblement ou invisiblement, par ce qu’elle pense de la mort.
Écrivain, 1901-1976 Image : Roger Pic, Domaine public, Wikimedia Commons Toute civilisation est hantée, visiblement ou invisiblement, par ce qu’elle pense de la mort.
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antimemoires
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L’humanité projette inconsciemment son désir de survivre dans la chimère des choses jamais connues, mais cette chimère ressemble à la mort.
C’est l’usage du concept qui nous rend maîtres de nos frayeurs. Nous disons : la Mort – et cette abstraction nous dispense d’en ressentir l’infini et l’horreur.
Si l’on considère la mort en elle-même, et si, par la pensée et l’analyse, on dissipe les vains fantômes qu’on y joint sans raison, que peut-on penser d’elle sinon qu’elle est une simple fonction de la nature ? Mais pour redouter une fonction naturelle, il faut être un véritable enfant.
Toutes nos pensées qui n’ont pas Dieu pour objet sont du domaine de la mort.
La pensée de la mort tient le croyant éveillé.
Il n’y a qu’avec les gens avec qui nous créons la vie qu’on peut parler de la mort et anéantir les visions de destruction. Jusqu’à leurs souvenirs même.
Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. À l’inverse, c’est de l’isolement que meurent les civilisations.
Étonnant, cette manie qu’a la nature de tuer tout ce qui est vivant et de laisser vivre tout ce qui est mort.
La civilisation implique qu’on se souvienne des morts, mais il faut laisser chacun construire avec eux son propre rapport.
Les maux du corps donnent l’idée de la mort, les peines de l’âme, celle de l’éternité !

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