Tout ce qu’il pouvait était de donner le change à Leverdier, en laissant croire à cet ignorant de l’amour que son œuvre seule le désorbitait de la vie normale.
Écrivain, 1846-1917Tout ce qu’il pouvait était de donner le change à Leverdier, en laissant croire à cet ignorant de l’amour que son œuvre seule le désorbitait de la vie normale.
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Source vérifiée
Le Désespéré (1887), chapitre 65
Véronique n’eût pas été femme si l’état effroyable de Marchenoir avait pu lui échapper. Il s’en fallait, d’ailleurs, qu’il fût habile à dissimuler.Tout ce qu’il pouvait était de donner le change à Leverdier, en laissant croire à cet ignorant de l’amour que son œuvre seule le désorbitait de la vie normale.Véronique, plus clairvoyante, avait discerné, du premier coup, la désespérante vérité. Elle garda le silence, n’ayant pas autre chose à faire, mais dans une désolation et un tremblement inexprimables.
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Ne pouvant se corriger de sa folie, il tentait de lui donner l’apparence de la raison.
Il s’aperçut qu’il y avait autre chose dans le monde que les spéculations de la Sorbonne et les vers d’Homerus que l’Homme avait besoin d’affections que la vie sans tendresse et sans amour n’était qu’un rouage sec, criard et déchirant.
Le voilà délivré des maux de la vie et, comme disait Fontenelle, de la difficulté d’être…
Il avait pour lui le respect d’un homme qui a pesé la vie dans tous les trébuchets du mépris et qui trouvait que rien n’est plus beau, après tout, que la force humaine écrasée par la stupidité du destin.
Il s’asseyait sur la crèche de ses bœufs, et avait peur que la charmeuse ne lui eût ôté le courage, la raison et la santé.
Avec l’amour avait disparu le désir de montrer qu’il n’avait plus d’amour.
Mais l’homme s’était nourri si longtemps de ses rêves que, mis en face de la brutale réalité, il ne put se résoudre à les voir disparaitre sans tenter un dernier effort.
Il voulait être près des siens. Illusoire rempart à la fragilité des autres.
Une sorte de poésie se dégageait de tout son être, qui venait, je crois, de ce qu’il se sentait faible et cherchait à se faire aimer.
Aimer, c’est perdre la moitié de son âme pour en gagner une entière.

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