L’œuvre qu’on portait en soi paraît toujours plus belle que celle qu’on a faite. Tant de choses se perdent en ce voyage de la tête à la main !
Écrivain, 1840-1897L’œuvre qu’on portait en soi paraît toujours plus belle que celle qu’on a faite. Tant de choses se perdent en ce voyage de la tête à la main !
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Les Contes du lundi (1880), Le Dernier Livre
… Tout jeune, cela vous cause un éblouissement: les lettres miroitent, allongées de bleu, de jaune, comme si l’on avait du soleil plein la tête. Plus tard, à cette joie d’inventeur se mêle un peu de tristesse, le regret de n’avoir pas dit tout ce que l’on voulait dire.L’œuvre qu’on portait en soi paraît toujours plus belle que celle qu’on a faite. Tant de choses se perdent en ce voyage de la tête à la main!À voir dans les profondeurs du rêve, l’idée du livre ressemble à ces jolies méduses de la Méditerranée qui passent dans la mer comme des nuances flottantes; posées sur le sable, ce n’est plus qu’un peu d’eau, quelques gouttes décolorées que le vent sèche tout de suite.
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L’œuvre peinte nous avertit mieux que la chose ; elle nous arrête ; elle nous ramène. Elle finit par nous apprendre qu’il vaut mieux voir un même tableau cent fois qu’en voir cent une fois ; mais il faut aider l’œuvre, mettre de soi, jurer de soi.
Trop de tableaux, trop d’objets. Qu’avions-nous besoin de tant de possessions ? N’est-ce pas une vraie manie ou une espèce de maladie d’avoir accumulé toutes ces œuvres d’art ?
L’œuvre est une sueur.
« Comment vous portez-vous ? » Qui pense à cette forte expression : « se porter », qui exprime si bien notre travail de tous les instants, ce paquet que nous ne pouvons point séparer de nous ?
Une œuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s’est ouvert.
L’inspiration est largement surestimée. Si vous restez assis et attendez que les nuages se séparent, cela ne risque pas d’arriver. Le plus souvent, le travail est salvateur.
Par un travail contraire, ou plutôt par une conséquence naturelle, les plus vilaines choses ont pris des noms charmants. Le succès purifie tout ; la nécessité excuse les actions les plus laides.
Que devient la vertu, pendant ces délicieux voyages où la pensée a franchi tous les obstacles ?
Tout travail de longue haleine, répétitif, suppose l’ambition d’être toujours meilleur.
On met en œuvre de la pierre, du bois, du ciment ; on en fait des maisons, des palais ; c’est de la construction. L’ingéniosité travaille. Mais, tout à coup, vous me prenez au cœur, vous me faites du bien, je suis heureux, je dis : c’est beau. Voilà l’architecture. L’art est ici.

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