Le lac, vu de haut, a la densité du mercure, son éclat mort.
Écrivain, 1881-1958Le lac, vu de haut, a la densité du mercure, son éclat mort.
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Les Thibault
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Lac de Côme : l’Alpe blanchissante se regarde vieillir dans le miroir des eaux.
La rivière, la vie comme image du baluchon tenu à bout de bras au-dessus de l’eau, avant d’être submergé.
Le soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage.
En tout être humain, il y a un lac, a dit ma mère, une tristesse liquide que les oignons aident à vider.
Déborde le fleuve, pas le soleil.
Il vient un âge où le bonheur semble se retirer de la vie, comme ces lacs qu’un été trop long rétrécit entre leurs rives.
Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, sur le sombre océan jette le sombre oubli.
Chère amie, ce matin le lac a votre peau, et la montagne votre chair. L’absence ajoute comme un poumon à nos tendresses. La cigogne ressemble, en repliant une aile, à votre bras lorsqu’il étouffe un peu d’azur…
L’eau est l’élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie, et, dans les drames de la vie et de la littérature, elle est l’élément de la mort sans orgueil ni vengeance, du suicide masochiste.
Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.

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