L’essentiel en toute chose est toujours accompli par des êtres très obscurs, non distincts et sans valeur chacun. S’ils n’étaient pas, s’ils n’étaient pas tels, rien ne se ferait. Si rien ne se faisait, c’est eux qui perdraient le moins. Essentiels et sans importance.
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- Un poète est le plus utilitaire des êtres. Paresse, désespoir, accidents du langage, regards singuliers, - tout ce que perd, rejette, ignore, élimine, oublie l’homme le plus pratique, le poète le cueille, et par son art lui donne quelque valeur.
- Vérité est non seulement conformité, mais valeur. Ceux qui croient la posséder, la possèdent; eux seuls.
- Nous sommes dans un âge critique, c’est-à-dire un âge où coexistent nombre de choses incompatibles, dont les unes et les autres ne peuvent ni disparaître, ni l’emporter.
- Si on ne croit à rien, si rien n’a de sens et si on ne peut affirmer aucune valeur, alors tout est possible et rien n’a d’importance.
- Respirer, marcher, parler, regarder : toutes choses ordinaires, dont on ne s’aperçoit de la valeur que lorsqu’on a failli les perdre pour toujours. Les rescapés d’accident, de maladies ou d’événements de vie graves racontent tous la même histoire, et la même sensation, liée à cette prise de conscience : vivre est une chance.
- Il y a des êtres qui résistent, qui restent convaincus de la valeur de leur vie même quand l’air se dessèche autour d’eux. Même si la terre entière se changeait en pierre, ils continueraient de se savoir humains, et seront sauvés.
- Ce qui peut être commun est toujours de peu de valeur.
- Les noirceurs secrètes, tous les petits moyens que l’ignorance et l’envie savent si bien mettre en usage contre ce qui leur nuit ou leur déplaît, sont employés pour perdre ce dangereux novateur (Rameau).
- C’est un des mystères attachés à la condition humaine, et la définition de sa folie essentielle, que le domaine de l’inexistant ait presque toujours la part la plus belle par rapport au domaine de l’existant.
- Sans la clairvoyance du sage, impossible de rien connaître du monde. Sans l’obscurcissement du fou, impossible de tout connaître du monde.
- Puisqu’on ne peut être universel et savoir tout ce qu’on peut savoir sur tout, il faut savoir un peu de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d’une chose; cette universalité est la plus belle.
- De la moindre vie humaine, quelque chose d’irréductible demeure, toujours rien de ce qui a lieu en ce monde, grand ou petit, tragique ou anodin, ne peut être annulé, et rien ne reste sans conséquences, aussi discrètes soient-elles.
- Au paradis, les objets et les êtres, assiégés de tous côtés par la lumière, ne projettent pas d’ombre. Autant dire qu’ils manquent de réalité, comme tout ce qui est inentamé par les ténèbres et déserté par la mort.
- Les hommes de talent sont en général pleins d’eux-mêmes. Ils ne voient qu’eux et leur attention ne se porte guère plus loin que la distance où finit l’atmosphère de succès ou de gloire qui les enveloppe et les isole dans l’espace infini mais insignifiant.
- Existe-t-il pensée plus consolante que de savoir les proches défunts à vos côtés ? La mort perd en gravité et en fatalité. Et l’existence gagne en valeur et en sens. Il n’y a ni un avant ni un après, mais un tout.