Le charme de l’enfance avait complètement disparu chez moi. Je sentais que l’on ne pouvait m’aimer tel que j’étais, et me détestais moi-même.
Poète, 1877-1962Le charme de l’enfance avait complètement disparu chez moi. Je sentais que l’on ne pouvait m’aimer tel que j’étais, et me détestais moi-même.
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Demian: histoire de la jeunesse d'Émile Sinclair
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Je détestais que l’on me perce à jour ou que l’on croie pouvoir me percer à jour. Je détestais être examinée par lui. Malgré son si beau sourire, je ne voulais pas être comprise, je voulais que l’on me laisse tranquille.
J’eus immédiatement honte de ce que je prenais pour de la dureté en moi, et qui était méchanceté, vengeance à l’égard d’un gosse qui venait de « m’avoir ».
Je ne comprenais rien à la vie de famille. J’ignorais que l’on pouvait aimer ses parents, ou qu’ils pouvaient vous porter assez d’amour pour vous autoriser à être vous-même.
À la mort de mon père je me suis sentie dégarnie pour toujours, je n’étais plus enveloppée par une famille.
Je suis devenu l’enfant sans je t’aime. Un orphelin privé d’amour à cause de parents trop fatigués pour le lui dire.
Dans cette vie, longtemps je n’ai su que mal aimer ou ne pas aimer.
Une extraordinaire enfance semblait sourdre sur ses traits de toutes les meurtrissures creusées par la fatigue et l’insomnie, et un sentiment exalté de victoire m’envahit soudain ; ce visage que j’emportais dans mon songe vivait comme il n’avait jamais vécu.
Je claquais mon argent, je gâtais mon entourage, j’emmenais ma mère partout, mais je n’étais pas heureux.
Malheur à celui qui, au milieu de la jeunesse, s’abandonne à un amour sans espoir.
Je ne me devinais pas d’identité. Mon caractère était justement de ne pas en avoir, de ne pas y croire, de ne pas y attacher plus d’importance.

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