Je ne me devinais pas d’identité. Mon caractère était justement de ne pas en avoir, de ne pas y croire, de ne pas y attacher plus d’importance.
Image : Je ne me devinais pas d’identité....

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- Ils n’ont pas vu mes larmes. Ils n’ont pas entendu mes cris de rage. Ne plus faire semblant, c’était croire en leur victoire, c’est accepter de vieillir. Le temps a passé, je ne fais plus semblant. J’avance sans masque, sans défense.
- Je connaissais le sentiment qu’il n’y a rien à quoi aspirer qui soit vraiment satisfaisant, rien pour quoi travailler, rien à quoi croire, rien qu’il soit vraiment satisfaisant d’aimer. Ce sentiment transformé en philosophie : c’est ainsi que je me représentais le nihilisme.
- Je ne me sens vivre qu’à partir de l’instant où je sens mon inexistence. J’ai besoin de croire à mon inexistence pour continuer à vivre.
- L’intérêt que j’ai à croire une chose n’est pas une preuve de l’existence de cette chose.
- Privée de ma liberté par un jeu de barrages et d’autocensures, je n’ai su ni créer un personnage ni tracer un portrait.
- Ni mon intelligence, ni mes moyens d’expression ne sont à la hauteur de ma faculté de sentir, je veux dire de mes tortures.
- Le charme de l’enfance avait complètement disparu chez moi. Je sentais que l’on ne pouvait m’aimer tel que j’étais, et me détestais moi-même.
- Comme j’étais naïf ! J’ignorais qu’en naissant Tsigane, je serais rabaissé au rang de gueux, de sauvage, de chien errant qui ne connait ni les lois ni la morale ordinaire.
- Sans la reconnaissance, l’individu ne peut se penser en sujet de sa propre vie.
- Moi je n’aurais jamais pu être boucher, je n’avais pas le coeur. Je n’aurais pas pu être matador, je n’avais pas les tripes. J’aurais pas pu être Bardot, je n’avais pas les fesses.
- Mon univers est désormais divisé entre ceux qui m’ont connu avant et les autres. Quel personnage vont-ils penser que j’aie pu être ?
- Sans être un fat, je me rendais compte que je n’avais rien pour déplaire, ni dans mon visage, ni dans ma tournure.
- J’ai grandi, j’ai muri, j’ai compris que la confiance n’est pas une garantie.
- Magie de la littérature : elle me faisait accéder à l’existence en tant même que je m’étais décrit, écrit dans mon refus d’exister.
- Je n’ai aucune confiance en moi, aucune vision de moi. Je ne me porte aucune valeur, aucun amour. Je suis dans une totale dépendance du regard de l’autre pour pouvoir exister.