Sans être un fat, je me rendais compte que je n’avais rien pour déplaire, ni dans mon visage, ni dans ma tournure.
Écrivain, 1852-1935Sans être un fat, je me rendais compte que je n’avais rien pour déplaire, ni dans mon visage, ni dans ma tournure.
Écrivain, 1852-1935Partager sur
Source vérifiée
Le Disciple (1889), Confession d’un jeune homme d’aujourd’hui, Transplantation
… Je n’ai pas ressenti non plus cette étrange haine de mâle à mâle, très finement notée par vous dans vos pages sur l’amour. Ma mère avait eu cette faiblesse de me dire souvent dans mon enfance que j’étais joli garçon. Marianne et mon autre maîtresse me l’avaient répété.Sans être un fat, je me rendais compte que je n’avais rien pour déplaire, ni dans mon visage, ni dans ma tournure.Je vous dis cela, non par vanité, mais afin de vous prouver au contraire que la vanité n’entra pas pour un atome dans la sorte de rivalité subite qui fit de moi, dès ces premières heures, un adversaire, presque un ennemi du comte André, sans que d’ailleurs il s’en doutât une …
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Mais moi, j’étais calme, planant en permanence à trois mètres au-dessus de mon corps. Peut-être qu’être avec moi n’était pas très différent qu’être tout seul. Vous pouviez être aussi rustre que vous le vouliez, après. C’était sans doute ça qui plaisait en moi.
Moi je n’aurais jamais pu être boucher, je n’avais pas le cœur. Je n’aurais pas pu être matador, je n’avais pas les tripes. J’aurais pas pu être Bardot, je n’avais pas les fesses.
Ce corps m’enveloppe mais ne me contient pas.
Ma plus grande victoire a été d’apprendre à m’accepter en tant que personne, avec tous mes défauts… Je suis loin de ressembler à l’être humain que j’aimerais être. Mais j’ai décidé que je n’étais pas si mal, après tout.
Je ne me devinais pas d’identité. Mon caractère était justement de ne pas en avoir, de ne pas y croire, de ne pas y attacher plus d’importance.
Aucun obstacle, aucun mécompte, aucun chagrin ne me détourne ou me ralentit dans le but unique de ma vie : le bien-être de tous, et la liberté partout.
Comme j’étais parfaitement disponible, que je ne fixais pas plus en amour que dans la vie professionnelle un idéal à atteindre, on m’a désignée comme une personne sans aucun interdit, exceptionnellement dépourvue d’inhibition, et je n’avais aucune raison de ne pas tenir cette place.
Mais le moment est venu où j’ai compris que je ne pouvais plus me leurrer moi-même, que ce n’était pas un crime d’être vivante, que c’était Dieu qui m’avait faite ainsi, que j’avais besoin d’aimer et de vivre.
Je connaissais le sentiment qu’il n’y a rien à quoi aspirer qui soit vraiment satisfaisant, rien pour quoi travailler, rien à quoi croire, rien qu’il soit vraiment satisfaisant d’aimer. Ce sentiment transformé en philosophie : c’est ainsi que je me représentais le nihilisme.
J’ai réussi avec mon intelligence, c’est-à-dire presque rien.

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