J’avais basculé d’un coup du royaume de la solitude dans celui de l’amour et je trouvais curieux d’avoir le même visage, le même nom, le même âge.
Écrivaine, 1935-2004J’avais basculé d’un coup du royaume de la solitude dans celui de l’amour et je trouvais curieux d’avoir le même visage, le même nom, le même âge.
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L’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage.
Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu.
Je me suis rarement perdu de vue ; je me suis détesté, je me suis adoré ; puis nous avons vieilli ensemble.
L’amour fait le vide autour d’un seul visage.
J’étais perdu dans la rêverie où nous plonge toujours l’énigme d’un beau visage…
Que l’on ait quinze ans, vingt ans, quarante ans, soixante-quinze ans, c’était toujours la même histoire : cette putain de maladie d’amour qui dévastait tout sur son passage, ces moments de bonheur si fugaces qui exigeaient un prix exorbitant à payer…
J’étais dans une apesanteur de fin d’histoire d’amour, la brusque suspension des sentiments, une sorte de vertige que donnent le détachement, la distance, une appréhension différente du temps.
À cet âge, la vie paraissant infinie, j’aurais donné la moitié de ce qui me restait à vivre pour avoir la certitude, exprimée par un mot doux, d’être aimé.
J’étais à l’âge où on a besoin d’aide et de tendresse pour faire l’amour. J’étais devenu un vieux con, quoi.
Ce jour-là, j’ai vu pour la première fois à visage découvert, ma vieille ennemie la solitude, avec qui je fais bon ménage aujourd’hui.

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