Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu.
Écrivain · 1712-1778 Image : Maurice Quentin de La Tour · Domaine public · Wikimedia Commons Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu.
Écrivain · 1712-1778 Image : Maurice Quentin de La Tour · Domaine public · Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), Sixième partie
Telle est la différence de l’effet qu’on produit sur moi vos attraits et les siens.Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu; il m’entraînait que je l’ignorais encore: je me perdis sans croire m’être égaré. Durant le vent j’étais au ciel ou dans les abîmes; le calme vient, je ne sais plus où je suis. Au contraire, je vois, je sens mon trouble auprès d’elle, et me le figure plus grand qu’il n’est; …
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
L’amour que je lui portais avait autant d’évidence que le fait indubitable de ma propre existence.
Oui, j’ai aimé comme personne au monde n’a aimé, d’un amour insensé et furieux, si violent que je suis étonné qu’il n’ait pas fait éclater mon cœur.
Je ne me suis mariée qu’une seule fois avec ce que j’ai cru être l’homme de ma vie, pensant vivre le véritable amour, pour m’apercevoir en finalité que vraisemblablement tout était faux, que tout n’avait été qu’illusion.
Je n’ai connu que la ferveur. Toute ma vie n’est que ferveur, refus, amour, combat.
J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger.
Aimerais-je pour la première fois ? Ce que je connaissais en fait d’amour n’était-il pas de l’amour ? L’amour n’est-il que ce que je ressens à présent ?
On dit que le premier amour est toujours le dernier, je ne sais […] il est clair qu’il ne serait pas devenu ce qu’il a été s’il ne l’avait pas croisée…
Je venais de perdre mon premier amour, celui qui marque le plus douloureusement ; sans doute parce qu’à mon âge, stupidement, on a la naïveté de le croire éternel. Mais s’il l’était vraiment éternel l’appellerait-on encore premier ?
Il y avait une forme d’aliénation, qui fait que, je le crois, il faut un minimum de liberté pour aimer. Et ma mère, en définitive, n’a aimer qu’une personne au monde et c’est mon père.
C’était l’amour pur, sans autre finalité que l’amour pour l’amour. Sans possession et sans jalousie.

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