J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger.
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- J’ai vécu jour après jour la différence entre lui et moi, coulé dans un univers rétréci, bourrée jusqu’à la gueule de minuscules soucis. De solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses.
- Je suis n’importe qui : l’homme mondial. Je n’ai pas ces racines qui emprisonnent, ni ma mini-célébrité audiovisuelle pour m’enfermer. La notoriété, comme le couple ou la vieillesse, rend prévisible.
- Ma captivité était devenue un délice, une promesse de beaux lendemains, un horizon dont je voyais les contours et que je n’avais jamais connu, les frontières d’un nouveau pays qui s’appellerait l’amour.
- Pourquoi ne fait-on l’effort de comprendre les autres que lorsqu’ils ne nous gênent plus ? Elle avait tout pour me fournir l’amour qui remplit une vie et nourrit une oeuvre. Mais j’ai cherché ailleurs pour me croire libre.
- Je pense qu’à partir du moment où mon bonheur dépend d’un homme, je suis une esclave et je ne suis pas libre.
- Mon orgueil de ne pas vouloir suivre une vie commune n’était qu’enfantillage puisque je la suivais, cette voie, et que j’aimais. J’aimais Odile tout unaniment, tout simplement, comme un homme aime une femme, comme il doit l’aimer.
- Il est insensé de vivre selon l’expérience des autres; ils nous restent fermés, ayant vécu en des temps différents, dans d’autres circonstances, avec des relations d’un autre genre.
- L’habitude de vouloir être le premier partout est un ridicule ou un malheur pour celui à qui on la fait contracter, et une véritable calamité pour ceux que le sort condamne à vivre auprès de lui.
- Elle était alors l’intruse dans mon voyage, elle en est à présent la boussole. L’amour est toujours une intrusion. Le hasard se fait chair, la passion se fait raison.
- La seule conscience que nous pouvons avoir du temps qui passe réside dans ce réveil douloureux qui nous fait découvrir un jour un étranger devant le miroir.
- Comme il m’est difficile de garder assez d’amour en moi pour ne pas m’effrayer de cette nouvelle femme qui émerge de la femme tant aimée devenue d’autant plus méconnaissable que tout d’elle est encore là mais sans elle !
- Peut-être l’avenir me gardait-il encore - Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ! - Peut-être, dans la foule, une âme que j’ignore - Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu !...
- Je me sentais impuissant, exilé dans cette banlieue de la vie qu’est un mariage malheureux, voué à un long et morose enlisement.
- C’était passer de nouveau à mes facultés les fers invisibles d’une vie uniforme et trop tranquille, d’une existence dont je devenais incapable d’apprécier même les privilèges, tels que la sécurité et l’aisance.