Ce jour-là, j’ai vu pour la première fois à visage découvert, ma vieille ennemie la solitude, avec qui je fais bon ménage aujourd’hui.
Poète, 1885-1970Ce jour-là, j’ai vu pour la première fois à visage découvert, ma vieille ennemie la solitude, avec qui je fais bon ménage aujourd’hui.
Poète, 1885-1970Partager sur
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Oeuvres romanesques : 1911-1951
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J’ai vécu jour après jour la différence entre lui et moi, coulé dans un univers rétréci, bourrée jusqu’à la gueule de minuscules soucis. De solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses.
La solitude, pour qui la vit sans mentir, me révèle mon néant, m’enseigne ma vanité, le vide en moi de ma présence.
J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger.
Il faut avoir été longtemps dans la solitude pour en connaître tout le prix.
J’avais voulu croire que nous avions tout en commun, mais tu étais seule dans ta détresse.
Car, partout où il n’y avait personne, j’étais chez moi. La solitude était mon domicile, que je transportais autours de moi comme l’escargot sa coquille.
Le temps mit bientôt sur mon cœur ulcéré l’arnica de l’oubli. Un clou chasse l’autre, une femme aussi.
J’avais basculé d’un coup du royaume de la solitude dans celui de l’amour et je trouvais curieux d’avoir le même visage, le même nom, le même âge.
Je suis devenu solitaire, ou, comme ils disent insociable et misanthrope parce que la plus sauvage solitude me paraît préférable à la société des méchants qui ne se nourrit que de trahison et de haine.
Lorsque Théodore parlait, le silence se taisait et quelque chose en moi, quelque chose que je n’avais jamais soupçonné, se mettait à battre, à vivre.

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