J’avais voulu croire que nous avions tout en commun, mais tu étais seule dans ta détresse.
1923-2007J’avais voulu croire que nous avions tout en commun, mais tu étais seule dans ta détresse.
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Lettre à D. : histoire d'un amour
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Vous avez dû être souvent aimée ?…
Assez souvent, oui.
Avez-vous aimé, vous ?
J’ai cru aimer quelquefois. Puis je me suis aperçue que je m’étais trompée. Alors je me suis détachée.
On naît seul, on meurt seul. Entre-temps, on essaie de ne pas être trop seul. Je suis aussi profondément persuadée que tout le monde « se sent » seul et est profondément malheureux de ce fait.
Tout de même je l’aimais davantage maintenant ; elle était loin ; la présence, en écartant de nous la seule réalité, celle qu’on pense, adoucit les souffrances, et l’absence les ranime, avec l’amour.
Pas un seul jour, pas un instant, je n’ai su oser lui parler. L’un et l’autre nous restons emmurés dans notre silence.
Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.
Tristesse au cœur.
Quand je t’entends, coucou, – ma solitude est plus profonde…
Ce jour-là, j’ai vu pour la première fois à visage découvert, ma vieille ennemie la solitude, avec qui je fais bon ménage aujourd’hui.
Quand on est seul, la rêverie devient tristesse.
Je guette ton souffle, ma main t’effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.
La solitude peut être extrêmement cruelle, extrêmement douloureuse, mais je m’en suis arrangée.

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