La tempérance - comme la prudence, et comme toutes les vertus peut-être - relève donc de l’art de jouir : c’est un travail du désir sur lui-même, du vivant sur lui-même. Elle ne vise pas à dépasser nos limites, mais à les respecter.
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- L’amour, c’est l’obsession du sexe». Or, comment se combat une obsession ? Par la fatigue physique, d’abord, qui suspend, qui du moins diminue le travail de la pensée.
- C’est la marque d’un petit esprit de s’en prendre à autrui lorsqu’il échoue dans ce qu’il a entrepris; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s’en prendra à soi-même; celui qui achèvera ce travail ne s’en prendra ni à soi ni aux autres.
- Le caractère, c’est la destinée », dit un vers d’Eschyle. Les êtres ne changent pas beaucoup. Mais ils peuvent faire un travail sur eux-mêmes. Les hommes de pouvoir peuvent améliorer leur comportement et leur manière de gouverner.
- Toute obligation, même la plus douce, pèse au jeune âge : il faut avoir expérimenté la vie pour reconnaître la nécessité d’un joug et celle du travail.
- Il est incontestable que ce que l’on nomme persévérance peut conférer à plusieurs actions l’aspect de la vertu et de la grandeur, comme le fait de se taire en société donne l’aspect hébété de la sagesse et une apparence de raison.
- Le désir se situe dans un champ complexe fait de nature, de culture, mais aussi d’une part insondable de liberté. C’est l’accomplissement de soi à travers l’autre. Parler du désir, c’est parler d’autrui.
- De la patience. Nécessaire pour avoir du plaisir quand on lit (ou quand on regarde) et pour avoir raison quand on juge, et pour bien faire quand on agit, soit qu’on veuille inventer ou mettre en oeuvre.
- Il ne s’agit pas d’être bon ou de faire le bien, mais de mener une vie qui ait de la signification et qui porte une responsabilité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Cela conduit à choisir la difficulté plutôt que l’épicurisme.
- On n’atteint à la paix du coeur, si elle est de ce monde, que par le travail inlassable, la déception fréquente, et le sentiment d’une juste humilité.
- Aussi obsolète qu’elle puisse sembler, la lenteur est une vertu. Lire un livre, marcher à pas mesurés sur un chemin de campagne, méditer les arcanes d’un jeu subtil : ces actes silencieux et lents tricotent mieux notre bonheur que les trépidations.
- La sotte occupation que celle de nous empêcher sans cesse de prendre du plaisir, ou de nous faire rougir de celui que nous avons pris... Celle du critique.
- Assurer son propre bonheur est un devoir, car le fait de ne pas être content de son état pourrait devenir une tentation d’enfreindre ses devoirs.
- Comment expliquer aux contemporains éminents qui, ayant toutes les raisons de se prendre au sérieux, succombent à la tentation pontifiante, qu’une autodistanciation amusée - même feinte - ajouterait à leur gloire ?
- Nos esprits ont besoin de détente, et cèdent le pas à moins que nous ne mêlions au travail un peu de jeu.
- Par un travail contraire, ou plutôt par une conséquence naturelle, les plus vilaines choses ont pris des noms charmants. Le succès purifie tout; la nécessité excuse les actions les plus laides.