Quand on regarde longuement un mort, on finit toujours par discerner d’imperceptibles mouvements sur son visage. Cette illusion doit tenir au fait que nous n’arrivons pas à nous résigner à son irrémédiable immobilité.
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- N’oubliez pas que, si longue vous apparaisse votre existence, votre mort, elle, est éternelle.
- Si l’on envisage la mort elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s’est revêtue, il ne restera plus autre choses à penser, sinon qu’elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant.
- La mortification lui rend la mort familière; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps, il n’a point de peine à s’en séparer; il a déjà depuis fort longtemps, ou dénoué ou rompu les liens les plus délicats qui nous y attachent.
- Il y a toujours après la mort de quelqu’un, comme une stupéfaction qui se dégage, tant il est difficile de comprendre cette survenue du néant et de s’y résigner à y croire.
- L’humanité projette inconsciemment son désir de survivre dans la chimère des choses jamais connues, mais cette chimère ressemble à la mort.
- L’une des plus grandes illusions consiste à oublier que la vie est captive de la mort.
- Lorsqu’on a pénétré le fond des choses, la perte des illusions amène la mort de l’âme, c’est-à-dire un désintéressement complet sur tout ce qui touche et occupe les autres hommes.
- Pendant les inhumations, tout était au ralenti, les gestes, les sourires, les signes de tête, on aurait dit que tous les instincts savaient que cela représentait en quelque sorte le respect de la mort elle-même.
- Faire son deuil, c’est lancer une poignée de vie dans les yeux de la mort. On sait qu’elle n’en sera aveuglée qu’un bref instant, mais cela fait du bien.
- On ne s’habitue pas vite à la mort des autres. Comme ce sera long, quand il faudra nous habituer à la nôtre !
- C’est le propre des gens normaux que de considérer la mort comme surgissant de l’extérieur, et non comme une fatalité inhérente à l’être. L’une des plus grandes illusions consiste à oublier que la vie est captive de la mort.
- Pourquoi donc n’est-il pas possible qu’après la mort nous gardions l’apparence parfaite des vivants, si les vivants peuvent dans le sommeil se faire semblables aux lugubres morts ?
- Ce n’est pas très gai de se suffire à soi-même. On marche sur les morts. On contemple son destin face à face, sans aucun voile comme font les imbéciles.
- Mourir, ce n’est jamais que contraindre sa conscience, au moment même où elle s’abolit, à prendre congé de quelques quartiers physiques actifs ou somnolents d’un corps qui nous fut passablement étranger puisque sa connaissance ne nous vint qu’au travers d’expédients mesquins et sporadiques.
- La mort, c’est la fin des opinions. Mourir, c’est troquer nos opinions contre un point de vue. (Imprenable, le point de vue !).