Ce n’est pas très gai de se suffire à soi-même. On marche sur les morts. On contemple son destin face à face, sans aucun voile comme font les imbéciles.
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- Les hommes pensent leur destin plutôt qu’ils ne le gouvernent mais c’est là déjà une grande dignité.
- Notre destin n’est vraiment qu’un assemblage d’images folles auquel nous sommes parfois forcés, aussi fous qu’elles, de donner corps.
- Mieux vaudrait, par respect pour l’arbitraire du destin, ne jamais former de phrases qu’au conditionnel : du moins n’engage-t-il à rien.
- On s’arrête à une pompe alors que l’on a même pas besoin d’essence, on rencontre quelqu’un et la vie déraille. Non, le destin n’est pas cruel. Il est bête à pleurer.
- Le destin ! Ha ! Ha ! Ha ! Comme ci les mortels pouvaient avoir un destin.
- Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourrons nous-mêmes.
- Nous devons oublier nos morts en tant que morts, mais il nous est permis de suivre leur modèle et de perpétuer leurs œuvres, le reste n’est que simagrées.
- Il n’y a qu’avec les gens avec qui nous créons la vie qu’on peut parler de la mort et anéantir les visions de destruction. Jusqu’à leurs souvenirs même.
- On ne pleure pas le destin d’un mort mais la perte du bien qu’il nous apportait. Si nous pleurions le martyre à venir, les maternités seraient océans de larmes.
- Chacun a droit à sa part de gloire. On ne choisit pas son destin, mais c’est bien de choisir sa fin. C’est une façon démocratique de dire merde à la fatalité.
- Jamais, dans mes frustrations, tout ce qui fait de moi un homme n’interpella avec plus de rageuse et vaine sauvagerie ce qu’à défaut de mot plus ignoble nous appelons le destin : cette bataille perdu qu’il ne nous est même pas permis de livrer.
- C’est l’ensemble de la vie individuelle que l’on devrait nommer destin et non pas ce futur tangible qui, d’une heure sur l’autre, remet tout en question, fait de nous une épave ou un héros.
- N’est-ce pas le destin des âmes qui s’aiment que de se déchirer ?
- Ce que nous évitons de reconnaître en nous-mêmes, nous le rencontrons plus tard sous la forme du destin.
- En art, comme en politique, les imbéciles sont un obstacle plus gênant que les morts : on a plus de peine à se frayer un chemin à travers leurs rangs.