Ce n’est pas que fût moins passionné qu’alors mon désir de pouvoir contempler de près les parcelles précieuses de réalité qu’entrevoyait mon imagination.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Ce n’est pas que fût moins passionné qu’alors mon désir de pouvoir contempler de près les parcelles précieuses de réalité qu’entrevoyait mon imagination.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Le Côté de Guermantes (1921), Première partie
À vrai dire je n’attachais aucun prix à cette possibilité d’entendre la Berma qui, quelques années auparavant, m’avait causé tant d’agitation. Et ce ne fut pas sans mélancolie que je constatai mon indifférence à ce que jadis j’avais préféré à la santé, au repos.Ce n’est pas que fût moins passionné qu’alors mon désir de pouvoir contempler de près les parcelles précieuses de réalité qu’entrevoyait mon imagination.Mais celle-ci ne les situait plus maintenant dans la diction d’une grande actrice; …
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Penser, ce n’est pas unifier, rendre familière l’apparence sous le visage d’un grand principe. Penser, c’est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié.
Je me dis que c’était peut-être la vraie nature de l’art que de donner à voir des mondes rêvés, des mondes impossibles, et que c’était une chose dont je ne m’étais jamais approché, dont je ne m’étais même jamais senti capable.
J’ai toujours eu un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux, pour voir clair en mes actions, et marcher avec assurance en cette vie.
Je concentrais toutes mes forces, observant cette ombre qu’est la réalité ambiante ; ombre de quelque édifice ou de quelque mur qu’il ne nous est pas loisible de contempler.
Il existe de nombreuses façons d’être libre. L’une d’entre elles est de transcender la réalité par l’imagination, comme j’essaie de le faire.
Il est probable que la confiance totale que j’avais dans mes rêves empêchât que je ne me heurte aux aspérités de la réalité, et que c’est peut-être ainsi, de ne pas trop peser sur le monde des choses concrètes, que l’on force paradoxalement le destin.
Dans la mesure où ma vie était devenue cette sorte d’autoroute au soleil de la passion, je supportais mal d’y voir la moindre ombre portée.
Ce n’était plus l’espoir du succès qui me faisait agir : le besoin de voir celle que j’aimais, de jouir de sa présence, me dominait exclusivement.
Toute ma vie m’a montré que si vous vouliez vraiment quelque chose, si vous étiez assez passionné, cela arriverait.
Mon naturel me contraint de chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion, qui m’est aussi contraire et ennemie, comme est la lumière des obscures ténèbres.

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