L’homme a dans son pauvre cœur des endroits qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils soient.
Écrivain, 1846-1917L’homme a dans son pauvre cœur des endroits qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils soient.
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Lettres de jeunesse (1870-1893)
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L’homme est sujet à mille maux, sa vie est un tissu de misères, et il ne semble naître que pour souffrir.
La vie de l’homme oscille, comme un pendule, entre la douleur et l’ennui.
De quelque désespoir qu’une âme soit atteinte, la douleur est toujours moins forte que la plainte.
D’où vient à l’homme la plus durable des jouissances de son cœur, cette volupté de la mélancolie, ce charme plein de secrets, qui le fait vivre de ses douleurs et s’aimer encore dans le sentiment de sa ruine ?
Souffrir est absurde et laid. Toute souffrance est un désordre… Mieux vaut s’accommoder des choses ou les briser que de pleurer à la lune. Est-il besoin, pour un homme, d’avoir une compagne effacée, sentimentale et sans volonté, pour être heureux ?
La souffrance, celle qui fait des trous dans la tête et dans le cœur, celle-là, on ne peut la dire, ni la montrer. Elle est intérieure, enfermée, invisible.
Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur.
La souffrance forme le tissu de l’existence, elle est le lieu où la vie devient vivante, la réalité et l’effectivité phénoménologique de ce devenir.
Il y a beaucoup d’hommes dont le cœur est puissamment ému par la seule apparence de la souffrance chez une femme : pour eux la douleur semble être une promesse de constance ou d’amour.
La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré et, pour être désespéré, il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde.

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