Gouverner, ce n’est pas recueillir, pour y trouver profit, la peur qui nous fait perdre raison, la haine qui nous rend incapables. Gouverner, ce n’est pas nous flatter ni nous ressembler quand nous devenons médiocres.
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- Les peurs que nous n’affrontons pas deviennent nos limites.
- Nous fuyons devant nos peurs comme le cheval devant son ombre : nous ne pourrons jamais les distancer. Mais en cessant de fuir, nous cessons de les nourrir.
- Cela ne sert à rien de chercher à déloger la peur, sinon à l’enfoncer plus profondément, comme dans ces sables mouvants dont on dit qu’il ne faut surtout pas bouger si l’on ne veut pas s’y noyer, aspiré, englouti.
- On ne devrait avoir peur de rien d’autre que des choses qui ont le pouvoir de nous faire du mal, mais il ne faut pas craindre les choses anodines.
- A chaque fois que nous sommes témoins d’une injustice et que nous n’agissons pas, nous formons notre caractère à être passifs... Nous finissons alors par perdre toute capacité à nous défendre, ainsi que ceux que nous aimons.
- On ne reste pas parce qu’on aime certaines personnes; on s’en va parce qu’on en déteste d’autres. Il n’y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâche.
- Notre dégoût n’est point un défaut et une insuffisance des objets extérieurs, comme nous aimons à le croire, mais un épuisement de nos propres organes, et un témoignage de notre faiblesse.
- L’incompréhensible, c’est ça le plus difficile. Nous ne le supportons pas. Nous avons peur de l’inexplicable comme du vide.
- Il arrive toujours que nous n’estimons pas un bien à sa juste valeur, tant que nous en jouissons; mais dès qu’il nous manque, nous lui découvrons le mérite qu’il ne voulait pas nous montrer quand il était à nous.
- Ecoute, on n’est pas maître de soi-même, amoureux comme je suis de toi, et vieux. On est jaloux, on est méchant ! Pourquoi ? Parce que l’on est vieux. Parce que beauté, grâce, jeunesse, dans autrui, tout fait peur, tout menace.
- Nous n’avons pas le courage de dire en général que nous n’avons point de défauts, et que nos ennemis n’ont point de bonnes qualités; mais en détail nous ne sommes pas trop éloignés de le croire.
- Planifier, structurer. Mots de notre temps et qui viennent à la bouche de ceux qui ne font rien sans d’infinies précautions préalables. Peur du risque, de l’aventure, du combat, de la vie.
- Je ne veux pas que la peur change de camp, que la présomption passe de celui qui trouble l’ordre public à celui qui le défend. Si nous acceptons cette facilité de l’esprit sous le coup d’une émotion légitime et partagée, la République bascule.
- Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d’effets.
- Un pouvoir engagé dans la route sanglante de l’injustice ressent la crainte qu’il inspire, éprouve la haine qu’il excite : c’est une pente funeste et glissante où l’on ne peut ni s’arrêter ni reculer.