J’ai déchiré le testament que je venais d’écrire, il faisait tant d’heureux que j’en serais arrivé à me tuer pour ne pas trop les faire attendre.
Dramaturge, 1885-1957 Image : Studio Harcourt, Domaine public, Wikimedia Commons J’ai déchiré le testament que je venais d’écrire, il faisait tant d’heureux que j’en serais arrivé à me tuer pour ne pas trop les faire attendre.
Dramaturge, 1885-1957 Image : Studio Harcourt, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
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Je puis mourir, disais-je ; je le devrais même, après tant de honte et de douleur, mais je souffrirais mille morts sans pouvoir oublier l’ingrate Manon.
Beaucoup d’être m’aiment encore, mais désormais ma mort n’en tuera aucun.
Je me garderai, si je puis, que ma mort dise chose que ma vie n’ait premièrement dite.
Aussi tout peut reprendre, l’histoire recommencer à l’endroit précis où elle s’était défaite, je rembobine à la hâte et je retisse tout, mot après mot, corps contre corps.
Tout acte de soumission à la force qui m’est extérieure me pourrit tout debout, mort avant que d’être enterré par les légitimes fossoyeurs de l’ordre.
Je n’ai plus peur de mourir. Je croyais que la mort était trop ample pour moi. Non. Elle était à ma taille.
Si je vois venir la mort, j’aurai la politesse d’être assez odieux pour qu’on ne me regrette pas trop.
J’ai passé ma vie à me défendre de l’envie d’y mettre fin.
Je crois, ce soir, qu’il faut être à sa vie avant d’être à son amour, et que j’ai eu tort de rompre si totalement avec moi-même. J’ai tué ce que je lui donnais de moi.
Tout pesé, si j’avais à recommencer ma vie, avec le droit d’y faire des ratures, je n’y changerais rien.

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