Je me garderai, si je puis, que ma mort dise chose que ma vie n’ait premièrement dite.
Philosophe, 1533-1592 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons Je me garderai, si je puis, que ma mort dise chose que ma vie n’ait premièrement dite.
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Essais (1595)
Je me garderai, si je puis, que ma mort dise chose que ma vie n’ait premièrement dite, et apertement.
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Je suis vivant, bien portant et indifférent aux rumeurs sur ma mort. Mais si j’étais mort, je serais le dernier au courant !
Si je vois venir la mort, j’aurai la politesse d’être assez odieux pour qu’on ne me regrette pas trop.
En faisant courir le bruit de ma mort, j’assure ma vie et me couvre de gloire. Parole qui profite ne saurait porter malheur.
Je ne vais pas mal. Mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir.
Beaucoup d’être m’aiment encore, mais désormais ma mort n’en tuera aucun.
J’ai moins peur de mourir que d’être oublié.
Est-ce que la mort me consolera de ma vie ?
Souvenez-vous de ces mots quand je suis mort. Assurez-vous d’abord que vous avez raison, puis allez-y.
Que j’écrive ou non, la face du monde n’en sera pas changée. Et pourtant, c’est un peu comme si j’étais en sursis et que chaque mot fût un rempart contre la mort.
Je puis mourir, disais-je ; je le devrais même, après tant de honte et de douleur, mais je souffrirais mille morts sans pouvoir oublier l’ingrate Manon.

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