Nos deux yeux ne rendent pas notre condition meilleure; l’un nous sert à voir les biens, et l’autre les maux de la vie. Bien des gens ont la mauvaise habitude de fermer le premier, et bien peu ferment le second.
Image : Nos deux yeux ne rendent pas...

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- Pourquoi fermons-nous les yeux lorsque nous prions, pleurons, embrassons ou rêvons ? Parce que les plus belles choses de la vie ne sont pas vues mais ressenties par le coeur.
- C’est à trop voir les êtres sous leur vraie lumière qu’un jour ou l’autre nous prend l’envie de les larguer. La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l’intelligence. C’en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude.
- On a mal regardé la vie, quand on n’a pas aussi vu la main qui tue en gardant des ménagements.
- Au lever de la vie, à l’aurore des yeux, on avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux, avec de l’encre.
- Les autres voient notre présence, nos gestes, la façon dont les mots se forment sur nos lèvres; seuls, nous voyons notre vie. Cela est étrange : nous la voyons, nous nous étonnons qu’elle soit ainsi, et nous ne pouvons la changer.
- On a tous en nous une petite parano, on pense que la vie des autres est mieux, alors que ce n’est pas vrai.
- L’avoir n’améliore pas la vie. C’est ce que nous éprouvons vis-à-vis de nous mêmes qui améliore la vie.
- C’est ce qu’il y a de si tragique, chez plein de gens : ils oublient que la vie est quelque chose de très malléable, de très flexible; qu’au fond, c’est nous-mêmes qui choisissons nos limites et nos horizons.
- Deux êtres qui ne se quittent jamais ne peuvent s’aimer parce qu’ils ont sans cesse devant leurs yeux leurs tares et leurs faiblesses qui se reflètent dans leurs deux corps, dans leurs rapports quotidiens.
- Les yeux sont le miroir de l’âme, ils sont aussi notre fenêtre sur l’horreur de ce monde.
- Le fait même de percevoir, de porter attention, est du genre sélectif : chaque attention, chaque fixation de notre conscience, comporte une omission délibérée de ce qui ne nous intéresse pas.
- Il faut toujours poser ses problèmes loin, parce qu’on les regarde différemment. On voit ce qu’il y a derrière. Quand on les a sous le nez, on ne voit plus rien. On ne voit plus la beauté, le bonheur qui demeurent malgré tout, tout autour.
- A deux on possède mieux la vie, on s’en échange les contraintes, on passe du pourquoi au comment.
- Sans la beauté, la vie ne vaut probablement pas la peine d’être vécue, et que d’autre part une certaine forme de mal vient justement de l’usage terriblement perverti que l’on fait de la beauté.
- Nos coeurs sont des affamés. Notre esprit ne connait pas le repos. La vie est belle à proportion qu’elle est féroce, comme nos proies.