L’insatisfaction dont une rue offre l’image, chacun lève les pieds pour quitter la place où il se trouve.
Romancier, 1883-1924L’insatisfaction dont une rue offre l’image, chacun lève les pieds pour quitter la place où il se trouve.
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Il y a quelque chose d’atrocement irrévocable dans le spectacle d’une personne qui disparaît au bout d’une route, sans se retourner, sans jeter un regard en arrière.
Ce qui fait souffrir le plus les hommes abandonnés, c’est qu’ils croient toujours revoir dans la rue la femme qui les a quittés. À cause d’une silhouette, d’une démarche, ou d’une forme de visage semblable.
Il est révoltant qu’un homme dirige sur des sentiers faux un voyageur ignorant le chemin à prendre et le laisse ensuite seul dans son erreur. Cependant, n’est-il pas plus révoltant encore d’amener quelqu’un à se fourvoyer en lui-même ?
On ne peut pas toujours vivre dans une impasse et faire semblant que ce soit une rue.
On s’égare un seul moment de la vie, on se détourne d’un seul pas de la droite route ; aussitôt une pente inévitable nous entraîne et nous perd.
Il y a dans la vie de chacun un moment où il faut choisir de fuir ou de résister.
Couards « arrivent à la cheville ». À force toujours qu’ils s’agenouillent.
La plus belle preuve de confiance de l’homme dans l’homme : les petites routes où il risque le choc frontal à chaque tournant.
Il y a toujours moins de courage à emboîter le pas qu’à se détacher d’un ensemble.
La banlieue est un paysage qui a de la gueule, il y a des perspectives, des lignes de fuite. L’œil a de quoi être nourri.

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