On a eu la gentille pensée de lui mettre dessus une lourde dalle de marbre, un presse-mort, pour être bien sûr qu’elle ne s’en ira pas.
Écrivain, 1895-1981On a eu la gentille pensée de lui mettre dessus une lourde dalle de marbre, un presse-mort, pour être bien sûr qu’elle ne s’en ira pas.
Écrivain, 1895-1981Partager sur
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Le livre de ma mère
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Notre raison n’est propre qu’à brouiller tout et qu’à faire douter de tout : elle n’a pas plus tôt bâti un ouvrage qu’elle vous montre les moyens de le ruiner.
J’ai tenté de lui rendre vie, à défaut qu’on lui rende justice. Au moins je ne l’aurai pas laissée sans voix.
Elle revêtait sa peur d’un déguisement pour pouvoir la regarder… Elle la baptisait fièvre, rats, chômage. Le vrai visage qui restait tabou était la mort.
Est-ce qu’elle ne faisait pas comme la substance de son cœur, le fond même de sa vie ?
À tâtons, de ses vieilles mains qui tremblent, elle cherche le loquet… Une fenêtre qui s’ouvre, le bruit d’un corps sur les dalles de la cour, et c’est tout…
Elle aura bientôt enterré toute sa vie dans ses trous de mémoire.
La vieillesse chagrine incessamment amasse ;
Garde, non pas pour soi, les trésors qu’elle entasse,
Marche en tous ses desseins d’un pas lent et glacé.
Elle n’avait plus l’insouciance de la jeunesse qui digère toutes les tragédies parce qu’elle a le temps pour elle.
La femme rend lâche. C’est elle qui conseille au gréviste de rentrer à l’usine, à l’artiste de faire du commerce, au soldat de plier le dos. Parce qu’elle ne pense qu’à la pâtée, qu’elle a un pot-au-feu dans le cœur.
Il delivra sa mere de mort evidente, et remeit son ayeul sur le throsne.

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