C’est l’esprit même de la Nature, cette puissance épouvantable de dévastation et d’engloutissement : - et ce qu’on voit, tout cela n’est-il pas, déjà, un butin pris au ciel, la ruine immense des magnificences passées, les reliefs d’un repas effroyable ?
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- Les Deuils et les Soucis vengeurs ont installé leur lit; les pâles Maladies y habitent et la triste Vieillesse, et la Peur, et la Faim, mauvaise conseillère, et l’affreuse Misère, larves terribles à voir, et le Trépas et la Peine.
- Un hurlement surgi des profondeurs résonne entre les parois rocheuses, dévale la montagne et s’évanouit dans le noir. C’est un cri de douleur primitive, plein de défi, et plein de mépris pour toutes les adversité du monde.
- Ah ! Le toit de chaume aspire au repos ! Elle aspire au repos, la minime flamme dansante sur l’étang morne ! Il aspire au repos, l’esprit vigilant qui se débat dans la chair des hommes depuis le commencement du monde.
- Rien n’est étranger. On est arbre, fleuve, multiple au familier mystère. Puis peu à peu la pluie s’apaise. Il y a une lumière de cristal. Le corps bouge et le temps se décompte. On est réalité revenue au visible.
- Après qu’il y ait de grands troubles parmi l’humanité, un plus grand est préparé. Le grand moteur de l’univers renouvellera le temps, la pluie, le sang, la soif, la famine, les armes d’acier et la maladie. Dans les cieux, un feu vu.
- La pensée que l’humanité était perdue presque tout entière l’effleura soudain : dès l’éveil des sens, le démon reprenait ses droits, et seuls les enfants et quelques saints voyaient Dieu en paradis; tout le reste brûlait sans fin, brûlait à jamais.
- Prise dans son ensemble la nature sauvage justifiait une destruction totale, un holocauste universel - et la mission de l’homme sur la Terre était probablement d’accomplir cet holocauste.
- La mer est proche, vivante, arrogante. St-Ex et son mécanicien étaient loin de tout, dans un chaos de roches friables figées dans le sable. C’était comme ici. Le Simoun démantelé, l’avion d’Antoine, est comme un insecte séché au soleil, la carapace déchirée, les ailes cassées. Cinéma.
- La nature n’a que faire d’un grand destin pour se montrer et déployer sa force. Partout, dissimulée ou au grand jour, elle se manifeste avec la même intensité.
- Quelle souffrance que d’être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture ! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d’exister ?
- Est-ce cela, l’amour, cette chose dont les poètes, le théâtre, l’opéra exaltent les délices et les tourments et pour laquelle beaucoup d’amants sont prêts à mourir ? Cet extraordinaire frisson, puis plus rien ? Où est passée l’ivresse de ce matin ?
- Voilà le miroir où la nature nous présente ce que l’avenir nous préserve après la mort. Y voit-on apparaître quelque image horrible, quelque sujet de deuil ? N’est-ce pas un état plus paisible que n’importe quel sommeil ?
- Pitié pour la graine que le vent a jetée sur les pierres calcinées et qui meurt dans les tourments en serrant contre son coeur un message inentendu ! Pitié pour la semence qui vient de tomber sur la terre grasse, et qui n’en a pas fini avec ce monde incohérent !
- Lorsque le nénuphar, à force de grossir, a occupé la surface de l’étang, il finit par étouffer et crever. C’est donc la transformation du monde en vaste zone de misère qui est l’avenir de l’humanité.