- Et avec quelle quantité d’illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour !
- Si le chien est le plus méprisé des animaux, c’est que l’homme se connaît trop bien pour pouvoir apprécier un compagnon qui lui est si fidèle.
- La passion de la musique est en elle-même un aveu. Nous en savons plus long sur un inconnu qui s’y adonne que sur quelqu’un qui y est insensible et que nous approchons tous les jours.
- La compassion n’engage à rien, d’où sa fréquence. Nul n’est jamais mort ici-bas de la souffrance d’autrui.
- L’une des plus grandes illusions consiste à oublier que la vie est captive de la mort.
- Des opinions, oui; des convictions, non. Tel est le point de départ de la fierté intellectuelle.
- Ni mon intelligence, ni mes moyens d’expression ne sont à la hauteur de ma faculté de sentir, je veux dire de mes tortures.
- La musique est une illusion qui rachète toutes les autres.
- C’est l’usage du concept qui nous rend maîtres de nos frayeurs. Nous disons : la Mort - et cette abstraction nous dispense d’en ressentir l’infini et l’horreur.
- C’est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
- Pouvoir souffrir seul est un grand avantage. Qu’arriverait-il si le visage humain exprimait fidèlement toute la souffrance du dedans, si tout le supplice intérieur passait dans l’expression ?
- Le Progrès est l’injustice que chaque génération commet à l’égard de celle qui l’a précédée.
- Tout malaise n’est qu’une expérience métaphysique avortée.
- Sans moyens de défense contre la musique, force m’est d’en subir le despotisme et, suivant son bon plaisir, d’être dieu ou loque.
- Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l’on soit croyant ou non.
- Il n’est point aisé de n’être de nulle part, quand aucune condition extérieure ne vous y contraint.
- T. H., qui a fait quatre ans de prison, à ma question : Comment avez-vous pu supporter ? Me dit : Par l’humour. Si j’avais pris au sérieux ma situation, je n’aurais pu tenir.
- L’art d’aimer ? C’est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone.
- L’art de vivre... Consiste dans l’expérience intégrale du présent.
- L’homme est sans conteste une apparition extraordinaire, mais il n’est pas une réussite.
- Guérir de l’ennui par la stupeur.
- Je suis le contraire d’un aventurier : tout me fait peur et tout me fatigue ici-bas; c’est seulement au niveau de l’idée que j’ai un vague goût de l’aventure.
- L’avantage qu’il y a à se pencher sur la vie et la mort, c’est de pouvoir en dire n’importe quoi.
- Nous ne comprenons ce qu’est la mort qu’en nous rappelant soudain la figure de quelqu’un qui n’aura été rien pour nous.
- L’extraordinaire argument dont Plutarque s’est servi à l’intention de sa femme après la mort de leur fille : «Pourquoi pleurer, tu n’étais pas affligée quand tu n’avais pas encore d’enfant; maintenant que tu n’en as plus, tu en es au même point. ».
- Qui ne voit pas la mort en rose est affecté d’un daltonisme du coeur.
- L’homme accepte la mort mais non l’heure de sa mort. Mourir n’importe quand, sauf quand il faut que l’on meure !
- Il est question de la femme enceinte) -... Porteuse de cadavre...
- Il y a dans le fait de naître une telle absence de nécessité, que lorsqu’on y songe un peu plus que de coutume, faute de savoir comment réagir, on s’arrête à un sourire niais.
- Le lot de celui qui s’est trop révolté est de n’avoir plus d’énergie que pour la déception.
- Au paradis, les objets et les êtres, assiégés de tous côtés par la lumière, ne projettent pas d’ombre. Autant dire qu’ils manquent de réalité, comme tout ce qui est inentamé par les ténèbres et déserté par la mort.
- Tout est douleur - la formule bouddhique, modernisée, donnerait : Tout est cauchemar.
- La tyrannie brise ou fortifie l’individu; la liberté l’amollit et en fait un fantoche. L’homme a plus de chances de se sauver par l’enfer que par le paradis.
- Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations.
- Après minuit commence la griserie des vérités pernicieuses.
- Les nuits où nous avons dormi sont comme si elles n’avaient jamais été. Restent seules dans notre mémoire celles où nous n’avons pas fermé l’oeil : nuit veut dire nuit blanche.
- Deux voies s’ouvrent à l’homme et à la femme : la férocité ou l’indifférence. Tout nous indique qu’ils prendront la seconde voie, qu’il n’y aura entre eux ni explication ni rupture, mais qu’ils continueront à s’éloigner l’un de l’autre.
- Pour moi, tout type qui ne se suicide pas, il est prostitué, dans un certain sens. Il y a des degrés de prostitution. Mais il est évident que tout acte participe du trottoir.
- Si, autrefois, devant un mort, je me demandais : «A quoi cela lui a-t-il servi de naître ? », la même question, maintenant, je me la pose devant n’importe quel vivant.
- Toute certitude qui se retire de notre conscience la soulage au début, puis l’alourdit d’une nouvelle interrogation.