Le vice serait réduit à cette triste et déplorable condition où gémit la vertu, et il faudrait avoir autant de force et de courage pour être méchant, qu’il en faut, dans ce siècle corrompu, pour être homme de bien.
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- C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
- Il n’y a pas de tyrannie plus cruelle que celle qui se perpétue sous le bouclier de la loi et au nom de la justice.
- La moralité est une création sociale, qui s’est agglomérée au cours des âges. Mais le nourrisson deviendra un sauvage si on ne l’éduque, si on ne lui donne un certain vernis de cette moralité abstraite qui s’est accumulée le long des siècles.
- Il faut raconter barbarement un âge barbare, et prendre un coeur d’airain, mettre en saillie ce qui domine tout, la brutalité de la guerre, et son rude outil, le soldat.
- Et il est faux de prétendre que le pouvoir corrompt. Il n’avilit que ceux qui en font mauvais usage et sont prêts à ramper pour le conserver.
- L’attachement personnel est un luxe que nous ne pouvons nous permettre qu’après avoir éliminé tous nos ennemis. Avant cela, tous ceux que nous aimons sont des otages qui sapent notre courage et corrompent notre jugement.
- L’indignation morale ne lutte pas contre le mal au sens concret du terme. La légalité seule permet de sanctionner, c’est pourquoi je prétends que le plus sage, si l’on veut réduire les maux terrestres, consiste, comme le disait Kant, à favoriser un progrès de la légalité : la moralité suivra et non le contraire.
- Nous sommes condamnés par une morale surannée à passer de l’état naturel directement, à l’état d’imbécillité passive, fonctionnante, et d’humiliation abjecte.
- D’ailleurs souvent mieux vaut dévorer son dépit que se venger. II faut souffrir avec patience, avec sérénité même les injures des hommes puissants.
- La faiblesse est un défaut que nous a donné la nature, que nous ne pouvons détruire, contre lequel nous avons sans cesse à nous défendre, et dont aucun homme de bonne foi, et capable de quelque courage, ne se vantera jamais d’avoir toujours triomphé.
- Il faut, pour frapper quelqu’un, même au combat, se libérer d’un poids de civilisation qui enferme la plupart d’entre nous dans la fausseté et une douceur forcée. Cet écran ôté, c’est la vraie nature de l’homme qui se révèle.
- L’homme juste et ferme dans sa résolution, ni la fougue des citoyens donnant des ordres injustes, ni le visage d’un tyran menaçant ne l’ébranle; car son coeur est solide. Le monde brisé viendrait-il à s’écrouler, ses ruines le frapperont sans l’effrayer.
- Personnage hasardeux oultre mesure, et hardy sans discretion ès perils de la guerre.
- Rien n’est plus dangereux pour l’individu, rien ne détruit plus sûrement son moral que de s’occuper constamment de lui-même et de son état, de remâcher son insatisfaction, son abandon et sa faiblesse.
- Le méfiant est fatalement voué au malheur. Tout comme l’acide corrode son contenant, le soupçon le ronge à force de se préserver jour et nuit de l’humanité tout entière.