Les tirs de barrage, le ronflement des avions, le sourd éclatement des bombes, lui martelaient le crâne.
Écrivain, 1881-1958Les tirs de barrage, le ronflement des avions, le sourd éclatement des bombes, lui martelaient le crâne.
Écrivain, 1881-1958Partager sur
Source vérifiée
Les Thibault
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Le bombardement chimique qui se poursuivait dans ses veines, via la petite boîte magique, c’était son petit Hiroshima personnel. On n’aurait pas cru, à la voir, mais il y avait une guerre en elle. Et la guerre, ça dévaste.
Sa tête est devenue un globe de sang où, dans l’œil gauche, rit la mort songeuse. Des avalanches au visage, des cratères mieux que fous, pis que hasardeux. Mutilation des traits, énucléation…
Plus il se rapprochait des nuages éternels, plus il percevait le mugissement furieux qui s’y déchaînait : une puissance menaçante y faisait rage, prête à réduire en lambeaux quiconque oserait s’aventurer dans son territoire.
Il y a des batailles aériennes d’ondes qui se replient sur elles-mêmes, prennent des mouvements rotatoires et tourbillonnent entre ciel et terre comme le regret indestructible du suicidé qui à mi-chemin de sa chute du sixième étage, soudain ne voudrait plus mourir.
Et une fois, il fut frappé d’apoplexie, foudroyé sur les ruines de son entreprise.
Il avait vu assez d’épaves des guerres civiles de Chine et de Sibérie pour savoir quelle négation du monde appelle l’humiliation intense ; seuls, le sang opiniâtrement versé, la drogue et la névrose nourrissent de telles solitudes.
Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance…
Le choc avait été très rude. Les tribuns
Et les centurions, ralliant les cohortes,
Humaient encor, dans l’air où vibraient leurs voix fortes,
La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
C’était si dégoûtant qu’on lui a shooté dedans, un coup chacun, et alors, à la place de chanson et de vomi, c’est du sang qui est sorti de sa vieille rote dégueulasse. Et puis on a continué notre chemin.
Ces derniers jours, l’ampleur de dévastation, de colère, de tristesse que j’ai ressenties a été pour le moins accablante. Regarder mon peuple se faire assassiner et lyncher jour après jour a poussé mon cœur dans ses retranchements (ndlr : Au sujet de la mort de George Floyd).

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.