Rien n’empêche de supposer que le sorcier de la préhistoire, devant l’image d’un bison percé de flèches, a ressenti à de certains moments la même angoisse et la même ferveur que tel chrétien devant l’Agneau sacrifié.
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- Il y a cette immense liberté de l’animal, enfermé certes dans les limites de son espèce, mais vivant sans plus sa réalité d’être, sans tout le faux que nous ajoutons à la sensation d’exister.
- J’avais répondu autrefois à Saint-Exupéry, qui me demandait ce que je pensais du courage, qu’il me semblait une conséquence curieuse et banale du sentiment d’invulnérabilité. Ce que Saint-Ex avait approuvé, non sans étonnement.
- Les textes saints se sont trompés : il est bon - il est même excellent - que l’homme soit seul, mais il n’est pas assez sage pour chercher son vrai bonheur.
- L’idéal eût été d’avoir un spadassin qui exécutât la besogne devant lui, mais le métier de tueur à gages s’est à peu près perdu, du moins à l’usage du vulgaire.
- Je crispais les poings de rage quand la très mamelue vieille fille qui nous serinait le caté nous assenait ces sornettes médiévales en riboulant des yeux.
- Dans la réalité, le démon identitaire était entré dans nos corps de pourceaux, et comme dans l’évangile de Luc, nous nous jetions l’un après l’autre du haut de la falaise.
- La pensée que l’humanité était perdue presque tout entière l’effleura soudain : dès l’éveil des sens, le démon reprenait ses droits, et seuls les enfants et quelques saints voyaient Dieu en paradis; tout le reste brûlait sans fin, brûlait à jamais.
- Il n’y a pas, a-t-il dit un jour, de vie noble et supérieure, si l’on ne sait pas qu’il existe des diables et des démons et si on ne les combat pas constamment.
- On ne sait, si Dieu doit avoir plus de reconnaissance à l’égard du diable, ou le diable plus de reconnaissance à l’égard de Dieu, de ce que tout se soit ainsi passé.
- Je pensais à ces bestiaux que j’entendais tousser dans le brouillard et que le petit vacher, revenant de l’école, son cartable sous le bras, mènerait tout à l’heure à travers les pâtures trempées, vers l’étable chaude, odorante.
- J’ai senti dans mes mains un animal immonde, Échappé à la nuit d’une affreuse forêt, et je vis que c’était le mal dont tu mourais, que j’appelle en riant la tristesse du monde.
- Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval.
- Il faut avouer aussi que, du côté des apôtres, le zèle a été parfois un peu précipité; il a manqué dans cette occasion à la cause de la vérité, ce qui manque si souvent, une grande tête à la tête des têtes.
- Le jour s’éveillait et à sa blancheur première le village s’éveillait avec ses mille bruits. Devant ce contraste de vie et de mystères, de lumière et de ténèbres, je méditai un moment : «Mon Dieu, comme les morts restent seuls ! ».
- Dans nos coeurs, de ses feux, de ses flèches cruelles, de son souris malin l’Amour naît tout armé : Hélas ! De tant d’attraits à peine est-on charmé Qu’il médite déjà l’usage de ses ailes.